Lecture : Au sud de nulle part

Publié le 12 Février 2015

Charles Bukowski - Au Sud de nulle part
Editions Grasset (Les cahiers rouges)

BUKOWSKI-AU SUDJe reviens toujours tôt ou tard à ce bon vieux Buk. Hank. Le vieux dégueulasse... Il a plusieurs noms, plusieurs époques, plusieurs mythes aussi. Il se disait poète et c'est vrai que sa poésie est meilleure que ses récits. Qu'importe. 

Je viens donc de relire "Au Sud de nulle part" pour la 3ème fois en 10 ans environ. Au menu 27 petites nouvelles publiées en 1973 dans le pur langage fleuri et symbolique de Bukowski avec des titres évocateurs et qui ne trompent pas le chaland. Voyez plutôt : "Toi, ta bière et ta célébrité", "Le Christ à patins à roulettes", "Tous les trous du cul de la terre et le mien", "L'amour pour 17,50 $"... J'ai lu, j'ai relu et je relis encore Bukowski car à chaque fois j'y trouve quelque chose de nouveau. Il y a une puissance d'évocation terrible dans ces mots, ainsi qu'un paradoxe perpétuel  chez ce vieux dingue obsédé et alcoolique qui dissimulait derrière cette façade commerciale et vraie une tendresse profonde et un besoin d'amour viscéral et total. On y trouve aussi cette haine farouche pour la banalité des sentiments et un refus de la vie morne et cadrée des gens sans histoire. Bukowski savait trouver de la poésie et de la folie dans chaque petit travers de sa vie, qu'il acceptait et revendiquait même comme une sorte de revendication forcenée de sa liberté d'homme. Il y a comme dans toute anthologie des textes plus faibles que d'autres mais le niveau général est du pur Bukowski, on en a pour son argent. Il y parle de ses déveines, de ses rencontres avec des loosers magnifiques, des femmes folles et sexuées, des petits employés mornes, de sa condition de looser jamais rassasié de vitalité. On y rencontre des individus seuls qui recherchent tous l'amour, la tendresse, mélangent souvent le sexe et le reste, des amochés et des laissés pour compte obnibulés par leur besoin d'humanité. Enfin, Bukowski fait preuve d'un humour ravageur lorsqu'il évoque ses ennuis de santé intime et les rencontres avec des toubibs à moitié dingues. Je vous encourage à vous procurer le texte aux éditions Grasset (collection "Les cahiers rouges") qui ont édité et réédité la majeure partie des oeuvres du poète poivrot. La maquette est belle, le papier de qualité et la traduction pertinente.

Extrait de "Confessions d'un homme assez fou pour vivre avec les bêtes":
"Les hôpitaux, les prisons et les putes: telles sont les universités de la vie. J'ai passé plusieurs licences. Vous pouvez me donner du monsieur."

Début de "Deux pochards":
"J'avais un peu plus de vingt ans, et bien que buvant comme un trou sans rien manger, j'étais encore costaud. Physiquement, je veux dire, et c'est une sacrée chance quand tout le reste se barre en couilles ."

Rédigé par Oslo

Publié dans #Lecture

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