Lecture : La pêche à la truite en Amérique

Publié le 4 Mars 2015

Richard Brautigan - La pêche à la truite en Amérique
Editions 10/18

Richard Brautigan est né au début de l'année 1935 à Tacoma, état de PECHEALATRUITEWashington. Il vit une enfance compliquée à l'aide sociale puis il grandit, fait un court séjour en prison et en asile ou il reçoit un traitement à base d'électro chocs. Il a trente ans dansles années 60 en Californie, il est SDF, il écrit... et devient l'idole des beatniks qui le laisseront tomber comme une vieille chaussette quand ils s'en seront lassés. Brautigan continue d'essayer de vivre, essaye de fonder une famille, découvre le Japon, écrit... écrit... puis décide de se tirer une balle de calibre 44 dans la tête un peu avant d'avoir 50 ans. Son corps ne sera retrouvé qu'après de longues semaines.
Brautigan a été une comète dans la littérature américaine comme il l'a été dans sa propre existence. Un type un peu paumé, un auteur un peu incompris, qui a eu un succès mérité mais météorique, fondé sur un malentendu de génération. Il laisse derrière lui une oeuvre sensible et mélancolique, humaniste et profonde sous des dehors légers et superficiels. En écriture comme dans beaucoup de domaine, la simplicité est toujours ce qu'il y a de plus difficile à atteindre. Brautigan y parvenait avec un style original en diable, poétique, décalé et rafraichissant. Son écriture ne peut pas laisser indifférent : on ne lit pas Brautigan comme on lit le dernier polar d'untel entre deux trains. Brautigan, ça se déguste, ça se lit à haute voix, dans un champ de coquelicots ou près d'un pont en bois sur une rivière remplie de nénuphars... bleus.

J'ai lu tout Brautigan il y a une dizaine d'années lorsque je l'ai découvert. J'ai décidé de relire Brautigan. Pas tout. "La pêche à la truite en Amérique", suivi de "Sucre de pastèque" est son bouquin le plus connu, mais c'est loin d'être mon préféré. Il y a une unité de sujet, de lieu et de temps dans ce recueil de textes courts qui manque sûrement à beaucoup de ses autres oeuvres. Et c'est certainement pour cela que ce bouquin reste le plus connu. Pour autant, je trouve que c'est justement dans l'art de l'ellipse poussé à son paroxysme que Brautigan est le meilleur, et c'est dans d'autres bouquins qu'il atteint son apogée. Il n'empêche, on se régalera de certaines pépites que renferme ce livre, dans la plus pure veine de l'auteur. Une expérience de lecture qui ne peut pas laisser de marbre. Comme il le dit lui même : "Nous avons tous une place dans l'histoire. La mienne, c'est les nuages".

Extraits :
"Nous sommes rentrés à Pensemort à pied, en nous donnant la main. Les mains c'est très gentil surtout quand elles reviennent de faire l'amour."

"Peut-être que vous avez regardé fixement l'eau d'une rivière. Il y avait quelqu'un près de vous qui vous aimait. On allait vous toucher. Vous l'avez senti avant que cela n'arrive. Et puis c'est arrivé. C'est ça, mon nom.
Peut-être que c'était un jeu auquel vous jouez étant enfant ou quelque chose qui vous est venu à l'esprit, comme ça, sans raison, quand vous étiez vieux, assis sur une chaise près de la fenêtre. C'est ça, mon nom.
Peut-être que vous étiez allongé au lit, presque sur le point de vous endormir, et vous avez ri de quelque chose, une plaisanterie toute personnelle, une bonne façon de finir la journée. C'est ça, mon nom.
"

Rédigé par Oslo

Publié dans #Lecture

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