Lecture : Régime sec

Publié le 10 Mars 2015

Dan Fante - Régime sec
Points

Dan Fante est le fils de son père. Balancé comme ça, il n'y parait pas. Surtout si on n'a pas lu le père avant de s'atteler aux travaux du fils. La vérité c'est que ne pas lire John Fante, le père donc, est un crime contre la littérature moderne. Je vous parlerai du paternel plus tard, car j'ai prévu de relire à nouveau "Demande à la poussière" son chef d'oeuvre. Mais aussi d'autres bouquins du macho immigré italien qui eregime-secst entré en littérature comme on entre dans un bar après avoir traversé le désert, choisissant comme pères de lecture Dostoievski, Hamsun et Nietzsche, excusez du peu. Mais je vais aujourd'hui vous causer du fiston qui a grandi dans l'ombre d'un géant de la littérature contemporaine américaine. Et qui n'a pas trouvé ça très cool, à en juger par ses séjours en cure de désintox, sa vie dissolue et ses boulots modestes avant de se mettre à écrire à la quarantaine. Disons le tout net, Dan n'a pas le génie de John. Mais les chiens ne font pas des chats pour autant. Et Dan Fante reste un auteur plaisant, à la plume acérée trempée dans l'encre du désespoir. Dan Fante a mis 40 ans à tuer le père. Il est un peu long à la détente. Mais qu'importe, chacun fait comme il peut dans ce monde qui ne rime à rien. J'ai découvert Dan après avoir écumé toute l'oeuvre du père, au début des années 2000 lorsqu'il publiait, des bouquins racontant la vie troube et un peu paumée de son alter ego, Bruno Dante. On note les similitudes avec le Arturo Bandini alter ego de John Fante. Mais arrêtons les comparaisons là, ce serait injuste pour Dan.
"Régime Sec" est un recueil de nouvelles très court (152 pages à peine) que j'ai lu le temps de 4 trajets en train pour aller au boulot et en revenir. Je n'ai pas vu le temps passer. Dan Fante n'a pas de génie mais il sait capter l'attention de son auteur et le mettre dans les cordes pour le travailler au corps et ne plus le lâcher. Oh certes, il y a des nouvelles plus réussies que d'autres, et dans certaines plus faibles, le lecteur parvient parfois à s'échapper des coups donnés au foie. Mais la plupart du temps, on prend plaisir à basculer dans le monde du looser magnifique du narrateur chauffeur de whisky. On y trouve cette veine un brin désespérée qui évoque bien d'autres auteurs américains modernes, cette sorte d'énergie du néant qui fait rester en vie des types pas faits pour ça.

Extrait :
"Le taxi me sauvait de la folie. Depuis des mois j'avais le cerveau chauffé au rouge par la dépression, l'insomnie et une effrayante solitude. Je me réveillais cinq ou six fois chaque nuit, ivre de rage, avec dans la tête les visages de tous les gens que je haïssais.
Je faisais mon diagnostic : trop déglingué pour écrire. J'avais décidé de tout laisser tomber, tout sauf la poésie que je griffonais dans le taxi.
".

Rédigé par Oslo

Publié dans #Lecture

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