Millau 2015 : un an ça passe vite, mais c'est long

Publié le 3 Octobre 2015

D’où on vient ?

Un an. Voilà un an que je n’avais pas enfilé un dossard pour un ultra. Et presque pas de dossard de tout : à peine un trail de 30 kilomètres début janvier dans les monts du lyonnais. Mais un an sans ultra, cela ne m’était jamais arrivé depuis que j’ai un jour tenté l’aventure d’un trail de 50 km dans mon Languedoc natal au printemps 2008... Le truc incroyable c’est que ça ne m’a pas manqué. Il faut dire que je sors de plusieurs années pas piquées des vers, avec trois années consécutives à plus de 7000 km annuels et une année 2014 où j’ai explosé les 8000 km. J’avais besoin de m’aérer l’esprit et de faire autre chose. C’était le constat à l’automne 2014 où de retour d’un Spartathlon où j’avais eu la chance de toucher le panard de Léonidas une 2ème fois consécutive, j’avais décidé que 2015 serait une année « en dedans ».

Pourtant au printemps, après plusieurs mois à me la couler douce, je décide de m’inscrire à Millau. Parce que bon, je ne pouvais pas décemment rester toute l’année 2015 sans faire d’ultra. Et qu’à faire un ultra en France, autant que ce soit Millau. Je m’inscrivais donc assez tôt, avec la satisfaction d’avoir une carotte pour me forcer à conserver un entraînement minimum.

Comment on arrive ?

Bon an mal an, j’arrive à Millau avec du foncier et un peu plus de 4500 km depuis début janvier, loin des chiffres de ces dernières années mais suffisamment pour envisager ce 100 bornes avec sérénité. D’autant plus que je ne viens pas pour faire un chrono. Et ce pour plusieurs raisons : j’ai été mauvais élève sur la préparation, à peine 2 sorties de plus de 43 km depuis un an, et très peu de spécifique vallonné. Bref, j’arrive en touriste, avec 4 kilos de surpoids et sans accompagnateur vélo. Je me demande même si je ne vais pas regretter cette absence de sorties longues à l’entraînement lorsque je vais me retrouver sur le trajet retour de St Affrique. Mais ces petits doutes sont balayés par la satisfaction de prendre la route ce vendredi après-midi pour la capitale historique du 100 bornes en France. Je suis heureux de rejoindre le petit monde de l’ultra sur route ; même si je l’avoue, j’ai eu d’énormes pensées pour une autre course qui se déroulait ce moment là entre Athènes et Sparte. Depuis quelques jours, j’ai ressenti d’étranges sensations en observant de loin les préparatifs du Spartathlon et en regrettant presque de ne pas y être. De toute façon mon entraînement ne m’aurait pas autorisé à espérer aller au bout cette année donc pas de regrets. Et puis il faut varier les plaisirs.

Depat - Credit Photo@Thibaud

Les dernières heures qui précèdent le départ sont calmes et tranquilles. Le repas de la veille est partagé avec mon oncle, Mathieu et Sandra, l’occasion de parler des courses passées et des futures. On évoque l’intégrale de Riquet, on parle du projet avorté de relancer Belvès-Millau et on rêve d’une renaissance de l’Ultr’Ardèche.

Le soir je prépare mes affaires pour le lendemain et je m’endors pour une nuit de bébé, réveillé par mon téléphone à 7h00 du matin. L’angoisse qui précédait mon premier 100 bornes il y a un peu plus de cinq ans n’est plus là, je suis zen mais surtout très heureux d’être là. Je me prépare tranquillement, profitant de la météo clémente annoncée pour partir léger : un peu de pâte de coing maison dans le filet du short raidlight et un bidon à main. Pour le reste, ce sera ravito de l’organisation puisque pas de vélo cette année. Un peu méfiant malgré tout car ne sachant pas trop où j’en suis sur du long en cette année de transition, j’emporte un petit porte bidon dans la poche duquel je glisse un tube de NOK à moitié usagé et surtout une frontale. Je pense raisonnablement boucler mon 4ème Millau en 10h00 environ et être de retour avant la nuit mais on ne sait jamais...

Millau - Profil 1ere boucle Millau - Profil 2ème boucle

Départ

Retrouver l’ambiance du peloton d’ultra m’a manqué. Je m’en rends compte en rejoignant la ligne de départ. Même si nous sommes nombreux, un peu plus de 1700 sur le cent bornes et un peu plus de 300 sur le marathon d’après les chiffres officiels, des pelotons auxquels je ne suis plus trop habitué depuis quelques années. Devant le parc de la Victoire je tombe sur Thibaud, spartathlète émérite doublé d’un coureur élégant et rapide qui revient de blessure. Sur la ligne de départ je retrouve par hasard Daniel avec qui j’avais papoté pas mal à Roche la Molière en 2014. Je cherche Mathieu, Tot, Vincent mais je ne trouve personne. Tant pis, je pars seul. Dans l’idée, nous devions former un gruppetto sur un rythme de 11 km/h sur la première boucle du marathon, histoire d’arriver frais avant la seconde boucle, celle du début de l’aventure du 100.

Les premiers kilomètres permettent de prendre son allure. Nous quittons la veille en direction d’Aguessac sur la deux voies qui est coupée à la circulation, avec les causses autour de nous et cette image d’Epinal que j’aime à Millau. Les Millavois nous encouragent, une mamie nous crie « allez, à dans 10 heures ! » le tout dans cette ambiance bonne enfant caractéristique de l’épreuve où les meilleurs côtoient les anonymes. Un train qui passe en contre bas actionne joyeusement son klaxon pour nous saluer. A cet instant on prend toujours conscience de l’aventure dans laquelle on se lance, sans être encore dans le dur du sujet. Tout semble facile et joli. Il est important de ne pas s’emballer.

Depart

Marathon

Je récupère Tristan avant Aguessac, c’est l’occasion de discuter de tout et de rien, et c’est bien agréable. Le premier semi marathon qui marque la moitié de la première boucle avant de revenir sur Millau est la partie que je préfère, de ce début de course. Et pas seulement parce qu’on est frais. Il me revient toujours des souvenirs de mes étés d’enfant ici et je prends à chaque fois un vrai plaisir, simple et profond, à m’y replonger en laissant aller mon esprit à la recherche de ces sensations et de ces images surgies du début des années 80. C’est aussi pour cela que les 100 km de Millau auront toujours une connotation spéciale, une place à part, pour moi ; et que j’y reviens à chaque fois avec le même bonheur.

Quelques coureurs me dépassent en ayant un mot sympa, certains lecteurs de ce blog que je remercie pour leurs paroles vraiment aimables qui m’ont touché.

La séance papotage avec Tristan se poursuit et puis je prends mon rythme, jusqu’à ce que Sandra n’arrive à ma hauteur et m’indique que Mathieu et Tot ne sont pas loin derrière. Un oeil à ma montre m’indique que je tourne à 11,6 km/h ce qui est sûrement ambitieux compte tenu de ma forme actuelle. Ralentir présentera donc une double avantage : faire la route avec les copains et s’économiser en vue de ce qui nous attend, un peu plus de 85 km restant à courir, quand même... Je profite des ravitaillements pour prendre mon temps, remplir mon bidon et prendre des abricots secs dans les poches. Finalement nous récupérons Tot et Mathieu et l’équipage est au complet pour la suite des évènements. Nous voilà à 4 de front, à papoter en prenant un peu toute la place sur la route, comme 4 touristes qui font leur jogging dominical. Y’a pas de mal à se faire du bien !

Nous avons donc fait demi-tour à hauteur de Peyreleau, là où la Jonte rejoint le Tarn, sur la ligne de démarcation entre Aveyron et Lozère. Au programme, le second semi marathon, de l’autre côté du Tarn, et retour sur Millau.

Cette sympathique équipe va donc passer le 20ème, puis le 30ème kilomètre ensemble, profitant de la photo officielle traditionnelle pour un chouette cliché. Nous dépassons quelques marathoniens après le 30ème, accroupis sur le bas côté et occupés à vomir. Quand nous approchons de Millau Plage, je me retrouve seul, n’attendant pas les copains car je constate que notre vitesse moyenne chute beaucoup. La cible de 3h45 au passage du marathon a du plomb dans l’aile et je ne veux pas prendre trop de retard pour taper les 10h00. Entrée dans Millau tranquille, je croise Vincent en arrivant près du parc de la victoire. Le temps de passer la ligne du marathon en 3h50 soit 10 minutes de plus qu’en 2012 où j’avais fini en 9h21 mais avec de bien mauvaises sensations jusqu’au 60ème. Cette année les 10 minutes de plus m’ont été profitables, j’arrive très frais au marathon, le but est donc atteint car maintenant la course va commencer.

KM 30

Echauffement avant le grand huit

C’est le jeu. Les marathoniens s’arrêtent et nous on continue, direction le grand huit et la boucle de 58 kms en aller/retour jusqu’à St Affrique.

Au ravito de Creissels, j’ai récupéré Vincent ; ce qui m’étonne un peu car il devrait être bien plus devant. Il se plaint de douleurs inhabituelles alors nous marchons ensemble quelques mètres ; nous papotons et puis Mathieu nous reprend. C’est reparti mais Vincent attend que ça revienne et ne peut pas nous suivre pour l’instant. Nous nous souhaitons bonne route et à plus tard.

Maintenant au menu : la montée de Raujolles qui démarre vers le 47ème kilomètre. Le truc qui permet de savoir où on en est après le marathon et des brouettes. Parce que là, ça monte velu jusqu’au 50ème. Les vélos mettent pied à terre, beaucoup de coureurs marchent et on essaye juste de ne pas perdre trop de temps. Il faut hisser la voile et souquer ferme pour rejoindre le sommet, où nous passons à la verticale du viaduc de Millau. J’imprime le rythme habituel que j’adopte dans les côtes : 40 secondes de course, 20 secondes de marche. Ce qui permet de monter à bon rythme, bien plus vite que de tout faire à la marche, mais en s’économisant davantage que de tout faire en courant... Photo souvenir au 50ème avec Mathieu, au moins on n’aura pas tout perdu !

Sandra nous a rejoint, et nous attaquons la descente. Enfin, Mathieu attaque, car moi je peine un peu. Une petite douleur sous le genou droit m’oblige à être prudent. Je descends donc en dedans jusqu’à St Georges de Luzençon et j’accueille avec plaisir le ravito qui me permet de refaire le plein du bidon. Il faut dire qu’il fait chaud cette année et que je bois beaucoup. Je remplis un bidon entier à chaque ravito ; soit tous les 10 km environ. Et c’est reparti pour la partie un peu monotone et que je redoute toujours entre St Georges et St Rome. C’est plat et on peut perdre du temps l’air de rien sur cette portion. Environ 7 kilomètres qu’il faut occuper. Je pense à la course et à pas grand chose d’autre, je me dis que j’aimerai que Julie me suive en vélo pour discuter. Mathieu doit être 5 minutes derrière avec Sandra qui le suit en vélo. Mes jambes sont OK, et je continue en surveillant le rythme ; pas trop rapide pour s’économiser avant le grand huit.

KM 40

Maintenant ça commence

St Rome de Cernon. Au pied de la bête, nous dépassons le 60ème kilomètre, il reste un peu moins d’un marathon à présent, et c’est ce que je me dis en embrayant à droite en direction de cette route qui monte, la côte de Tiergues. Les gens du village sont sortis pour encourager les coureurs, comme dans les autres villages traversés. Un monsieur m’interpelle alors que je passe à son niveau :

« T’es tout seul ?
-Ben oui.
-T’as pas de vélo ?
-Eh non !
-Ben purée... »

Sa dernière parole se veut menaçante. C’est comme s’il venait de dire « Ben t’iras pas loin mon gars ». Sauf que moi je suis persuadé du contraire. A Millau, je suis à chaque fois mieux entre le 60ème et le 100ème qu’entre le 20ème et le 60ème. Le parcours me convient mieux, il est vallonné, on peut casser le rythme de la course sur le plat et récupérer dans les descentes des efforts laissés dans les montées. Bref, à Millau ce que je préfère c’est cet aller retour entre St Rome et St Affrique, les 2 ascensions et les 2 descentes de Tiergues.

Je continue de courir pour passer la première portion de la montée dont le pourcentage est encore faible, premier virage à droite en sortant de St Rome puis je continue à trottiner jusqu’à un panneau indicateur ou un arbre que je prends souvent comme repère. Et là, je débute ma période d’alternance marche / course.

Juste avant d’arriver à la première des deux épingles de la montée, je croise le leader, Hervé Seitz qui fonce vers la victoire, et un peu plus loin Michael Boch. Le rythme n’a rien de comparable entre eux et moi, c’est un doux euphémisme.

En haut de Tiergues, le panorama sur les causses est toujours spectaculaire. Je m’arrête quelques instants au ravito pour picorer quelques abricots secs, remplir mon bidon et c’est parti pour la descente jusqu’à St Affrique. Je descends bien, avec un groupe de cinq ou six coureurs en ligne de mire qui ne me distancent pas mais sur lesquels je ne reviens pas pour autant.

KM 50

Demi-tour !

En arrivant en vue du ravito de St Affrique qui marque le passage au 71ème kilomètre de course, je m’imagine en train de boire une soupe. En général c’est une habitude que j’aime perpétuer chaque fois que je viens courir Millau : la soupe de St Affrique ça vous requinque un mort et derrière ça vous met du gaz pour vous enfiler la montée de Tiergues du retour. J’ai toujours un gros quart d’heure de retard sur mon temps de référence de 2012 mais je sais que seul, avec mon niveau d’entraînement actuel, je suis incapable d’aller chercher ce temps. En sortant de St Affrique la montée est sévère. En règle générale je marche, mais là je cours. Je décide malgré tout d’adopter mon alternance marche / course pour m’économiser. Il reste 29 kilomètres. Je croise Mathieu à ce moment-là, il semble bien. Un peu plus loin je croise Tot qui m’annonce qu’il va s’arrêter à St Affrique, un peu trop court en entraînement pour boucler le retour sur Millau. Déjà le matin sur le premier semi il ne semblait pas du tout sûr de lui. Dommage. De mon côté je monte. Un peu de marche, un peu de course, en regardant le paysage. Je dépasse la première féminine. Arrivé au ravito juste avant le sommet de la côte, j’aperçois Sandra sur son vélo qui attend Mathieu. Je lui dis que ça commence à tirer un peu. Et les deux kilomètres suivants sont compliqués. J’ai hâte de basculer dans la descente sur St Rome mais il faut encore courir sur du faux plat quelques centaines de mètres. Je n’ai pas trop envie, à vrai dire, je n’aime pas trop cette portion qui est pourtant courte.

Monter, descendre

En 2012 dans cette descente de Tiergues j’avais envoyé du gros gaz. Cette année je descends plus calmement. Les jambes vont bien, j’aimerai que ça dure. Thibaud vient à ma rencontre sur son vélo, on papote un peu, ça fait plaisir de discuter, de prendre un peu de recul sur sa propre course. Il va m’accompagner jusqu’à l’entrée de St Rome avant de partir rejoindre son coureur. De mon côté j’appréhende le passage qui arrive ; toujours cette portion entre St Rome et St Georges, 7 kilomètres monotones qui paraissent interminables au retour encore plus qu’à l’aller. Mais on n’a pas le choix alors je me mets dans ma bulle et je déroule. Je dois être à un petit 10,5 km/h là, de quoi avancer sans se cramer ni passer des heures sur la route. Etant sans suiveur cette année je m’arrête au point d’eau de Pont du Dourdou, une première à Millau, car en général c’est mon suiveur qui s’arrêtait lorsque c’était nécessaire. Mais cet arrêt rapide me fait du bien, c’est l’occasion de cesser de courir, de marcher quelques pas. Dans ces moments-là, passer de la course à la marche comme la remise en route entre la marche et la course tire sur les jambes. II faut faire ça tranquillement et sans précipitation. Le corps sait rester à l’unisson quand on le ménage.

KM 82 - Credit Photo@Thibaud

Au fond à gauche après le Viaduc

Lorsque j’aperçois le clocher de St Georges de Luzençon je sais que j’ai passé un cap difficile. Maintenant, il faut passer le ravito de St Georges, où je remplis mon bidon encore une fois. Je bois énormément cette année, en raison de la chaleur. Je suis un peu trop vêtu. Un maillot sans manche aurait été plus adapté que ce haut raidlight plus étudié aux courses en moyenne montagne. Mais au moins je peux me servir des filets du maillot pour stocker bananes et abricots secs ; les seuls aliments que j’ingurgite depuis dix heures du matin.

Après, c’est simple : la ligne droite pour sortir du village et viser le Viaduc. Mais avant de passer sous le viaduc, il faut s’envoyer la montée. Je fais la moitié de celle-ci en courant, un peu étonné d’être encore capable, d’habitude je mixe toujours marche et course ici. Dans la seconde moitié en revanche j’en reviens à une allure plus sage en alternant. C’est alors qu’à plusieurs reprises, la sensation qu’on me plante un coup de couteau dans les quadriceps (le couturier gauche puis le droit pour être exact). Heureusement ça ne reviendra plus une fois passé le viaduc. Et je suis plutôt heureux de basculer sous le viaduc, où je me rends compte que j’ai rattrapé un gars qui était sur le retour, en haut de Tiergues, quand je descendais encore sur St Affrique. Maintenant c’est la descente de Raujolles. Je descends à une allure moyenne, je sens que les jambes sont limites pour les crampes, et je ne voudrais pas risquer un sale coup maintenant. On se rapproche du 95ème kilomètre et ça veut dire que ça sent bon. Ma montre m’indique que j’ai 45 minutes pour faire 5 kilomètres afin de passer sous les 10 heures. L’objectif du jour va donc être rempli sauf blessure, toujours possible. La petite montée de Creissels est absorbée sans difficulté et je m’arrête une dernière fois au ravito pour faire le plein du bidon et picorer encore quelques abricots secs même si je commence à franchement saturer de ce régime.

Mandarous et Parc de la Victoire

J’entre dans Millau en retrouvant de bonnes jambes, comme souvent lorsque la ligne d’arrivée se rapproche. Je fais maintenant simplement attention à ne pas me prendre les pieds dans un trottoir. Le pont sur le Tarn, le virage à gauche, des souvenirs d’enfance qui remontent, et puis on embraye sur le boulevard de l’Ayrolle qui mène sur la place du Mandarous. Ces deux derniers kilomètres sont toujours émouvants. Les Millavois sont sur les trottoirs et m’encouragent, m’applaudissent. Certains installés aux terrasses des bars se retournent et applaudissent. Les anonymes ont droit eux aussi à leur moment de gloire, c’est ça la magie du cent bornes. Passage au panneau KM99 au début de l’Avenue de la République et ensuite c’est tout droit. Les espaces verts à côté de la gare SNCF, le passage à niveau : je connais ces endroits par coeur. Sur les trottoirs encore des applaudissements. L’entrée dans le parc de la Victoire est un sacré moment. Les spectateurs massés derrière les barrières et qui attendent leur coureur applaudissent et encouragent à tout rompre. Dans ces instants, qu’importe que l’on soit un néophyte ou un vieux coureur qui a couru des dizaines de cent bornes, les sentiments sont toujours les mêmes. Puissants et complexes, un mélange de douleur, de libération, de fierté aussi, de satisfaction du devoir accompli. On ne sait jamais comment va tourner un cent bornes. Trop d’éléments extérieurs s’ajoutent à une quantité d’éléments intérieurs pas toujours faciles à maîtriser à eux seuls, et franchir la ligne d’arrivée d’un 100 bornes, à fortiori Millau, reste un moment savoureux que l’on sait apprécier à sa juste valeur. Je monte sur le podium d’arrivée quand le chrono indique 9h40. Heureux et fatigué. Là je retrouve mon oncle, je récupère le diplôme de finisher et je vais m’asseoir car j’ai les mollets au bord des crampes. Ces instants-là sont toujours difficiles. Il est 19h40, je suis en train de courir sur ces routes majestueuses depuis 10h00 du matin et d’un coup tout s’arrête. Chaque fin d’ultra est un petit deuil à lui seul.

Quand Mathieu arrive à son tour, je le félicite et nous pouvons papoter un moment tous ensemble. Mon estomac me fait alors comprendre que le régime abricots secs a ses limites et je dois m’absenter quelques minutes à l’extérieur pour vomir. Les crampes des mollets sont passées, je peux alors aller me doucher et me restaurer à peu près correctement. Le tout en étant de retour chez mon oncle pour assister à la deuxième mi-temps du match de coupe du monde de rugby qui oppose le Pays de Galles à l’Angleterre, la classe !

Le bilan

Par où commencer ? Millau restera toujours Millau, un cent bornes mythique. S’il faut en courir un seul, je persiste à dire que c’est celui-ci. S’il faut en courir plein, il faut aussi courir plein de fois à Millau. Aussi, je reviendrai – comme je le dis chaque fois. Je ne sais pas quand mais je reviendrai. Parce que Millau est unique. Je n’étais pas physiquement au point pour faire un chrono. Je n’ai pas fait assez de spécifique et de sorties longues vallonnées et j’ai eu un régime alimentaire bien trop anarchique cet été pour prétendre à améliorer mon chrono millavois. Je l’ai senti au retour de St Affrique où je n’étais pas aussi à l’aise que d’habitude. Mais tout cela est bien anecdotique. Ce qui me reste, ce sont ces moments avec Mathieu, Tristan et Tot lors de la première boucle, ces discussions avec des inconnus souriants et heureux d’être là, tout simplement. Bonheur simple du coureur d’ultra fond dans son élément. Un an sans ultra, ça a été long et je n’ai pas envie de recommencer. C’était un choix que j’ai apprécié de faire mais cette ambiance et cette joie de l’effort sans star ni prise de tête m’avait manqué. Alors je serai bientôt à nouveau dans un peloton d’ultra, et peut être même sans attendre 2016.

Rédigé par Oslo

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