Parce que Millau !

Publié le 28 Septembre 2011

Alors voilà. Millau, 40ème édition !
L’an dernier est déjà loin, mais depuis longtemps déjà j’avais coché cette date dans mon agenda de courses. Pour paraphraser les joyeux fadas qui sévissent au stade Mayol : PARCE QUE MILLAU !

Millau restera toujours Millau. Cette course m’évoque des souvenirs d’enfance, me renvoie dans le temps façon manège et cheval en bois. Pendant un week-end, je retrouve des paysages qui ont bercé mes étés d’enfant et j’ai la drôle d’impression de célébrer le souvenir des mes grands parents millavois qui ne sont plus là. C’est peut être la course qui me touche le plus et pour laquelle je ressens le plus de fierté lorsque je suis sur la ligne de départ ; peut être parce que malgré les années de course qui passent, c’est celle que je continue à voir avec des yeux de gamin.

Cette année, j’ai changé de suiveur. L’an dernier madame était restée à la maison pour garder les enfants et mon beau-père m’avait suivi en vélo. Cette année, on inverse et c’est Julie qui a décidé de me suivre. Coureuse régulière, je ne me fais pas de souci pour qu’elle encaisse physiquement les 100 bornes de vélo. Côté confort  en revanche, c’est une autre histoire. Nous avons récupéré un vélo de prêt et à vrai dire, on ne forme pas vraiment une équipe, chacun s’est entrainé dans son coin et nous comptons aviser le jour J.

Vendredi 23 septembre.
Les enfants casés pour le week-end, nous voilà partis en direction de Millau. Petit tour en ville en attendant l’ouverture du retrait des dossards. C’est l’occasion de se rendre compte qu’il fait (très) chaud : 30 degrés et je commence à souhaiter un orage nocturne pour rafraichir l’atmosphère. Aux terrasses des cafés, on ne s’y est pas trompé : ça regorge de coureurs qui se désaltèrent. Sur la place du Mandarous, nous optons pour une petite pause ombragée et tout autour, les conversations se focalisent sur les 100 bornes du lendemain. Chaussures, tee shirt célébrant tel marathon ou telle édition passée de Millau : impossible de se tromper ; on est bien à Millau le dernier week end de Septembre !

Il n’y a pas énormément de monde au retrait des dossards. Mais partout autour, si. Dans les stands sous le chapiteau, autour de la salle des fêtes, dans la salle des fêtes, sur les pelouses du parc, dans les allées. Le barnum de Millau est de retour. Je récupère mon dossard près d’un bénévole, puis le tee-shirt de l’édition anniversaire qui est d’un rose éclatant (très chouette). Vérification faite, j’ai oublié mon affiche… Retour au retrait des dossards pour la récupérer : c’est que je compte bien la mettre au mur dans mon garage, à côté de celle de 2010 !

Crédit Photo : http://www.100kmdemillau.com

Dans le chapiteau, je passe rapidement devant le stand Mizuno. Même à -30% je n’ai pas besoin de nouvelles chaussures. En revanche je me laisse tenter par une énorme meringue. C’est moins cher.
Je suis en train de croquer dans cette meringue lorsque je tombe sur un visage connu… Christophe, rencontré sur l’Etoile Savoyarde en juillet. Bien content de le retrouver là, en compagnie d’un TranseGaulois dont j’ai oublié le prénom. Petite discussion et puis deux nouvelles têtes connues nous retrouvent : Mimi et Bernard côtoyés également pendant l’étoile. La petite famille de l’ultra…
Quelques détours de plus et nous rejoignons notre camp de base pour le week-end ; le même que l’an passé : la maison de mon oncle André.
Repas dans un restaurant grill à deux pas de là, l’occasion de manger un bon menu bien diététique : escalope de volaille, aligot, mousse au chocolat, le tout arrosé d’un Saint Chinian en provenance directe d’un producteur de Prades-sur-Vernazobres avec qui j’étais au collège.
Le seul point noir concerne ce mal de tête qui ne m’a pas quitté depuis ce matin. Depuis le week-end dernier, je subis les assauts d’un mal de gorge / mal de tête après avoir pris froid en rentrant 6 stères de bois sous la pluie.
De retour à la maison, préparation des affaires pour le lendemain. La météo annoncée est bonne, j’opte pour un maillot sans manche sur lequel j’agrafe déjà mon dossard. Tout est prêt. Ne reste plus qu’à faire dodo. Je regarde un moment la rediffusion d’un match de coupe du monde de rugby puis décide de me coucher à 22h30, la migraine l’emportant.

Crédit Photo : http://www.100kmdemillau.com

Samedi 24 septembre
C’est le jour J. Curieusement, j’ai plutôt bien dormi. Je n’ai pas ressenti l’excitation d’avant course typique. Je suis détendu et surtout je n’ai plus mal à la tête. Il est 6h30, je me lève et retrouve André qui m’a préparé la météo du jour trouvée sur internet : 13° le matin, 23° l’après midi avec beau temps et des orages en soirée.
Julie semble en forme. Le petit déjeuner est avalé et puis c’est le moment des derniers préparatifs pour rejoindre le parc de la Victoire. Nous trouvons une place à trois cents mètres de l’entrée : ça ne parait rien mais le soir, après la course, lorsqu’il faut aller poser le vélo puis revenir prendre sa douche et manger, ça compte de ne pas avoir des kilomètres de marche!
8h30 : nous voilà dans le parc de la Victoire. Je me dirige vers une bénévole de l’accueil pour lui demander où se fait le contrôle du dossard d’avant départ. Cette année, pas de poêle à frire avant le départ : la détection sera automatique au passage sous l’arche. Nous voilà donc en avance. Le temps de fignoler la fixation du panier sur le vélo. Il faut dire qu’on ne s’en est pas beaucoup préoccupés jusqu’ici. Et avec le poids des bidons remplis, le bas du panier vient frotter contre le pneu avant. Une once de réflexion aurait suffi pour nous souffler de sortir une clé et de remonter le guidon. Mais bien sûr ça aurait été trop simple. Un couple suiveur/coureur garé à côté nous prête une cordelette, et avec un bâton, nous faisons un montage « à la Rahan » comme le remarque notre voisin goguenard.

Lorsque le speaker invite les suiveurs vélo à se rendre à Aguessac, au 7ème kilomètre du parcours, Julie suit le mouvement et me voilà seul… avec environ 3400 autres concurrents du 100 km et plus de 500 sur le marathon. Fichtre, ça fait du monde. Contrairement à mes habitudes, je décide d’aller me mettre devant pour court-circuiter le gros du peloton. Je me souviens avoir eu quelques problèmes à me faufiler sur les premiers kilomètres au départ l’an dernier et cette année, je veux pouvoir partir à mon rythme. Plus par confort que par souci d’efficacité. Il est toutefois vrai aussi que j’ai revu mes temps de passage 2010 et que j’estime avoir 10h15 dans les jambes, soit une amélioration de 38 minutes par rapport à l’an dernier. Même si l’objectif de cette année est de faire découvrir Millau et l’ambiance de l’ultrafond à Julie, je ne suis pas contre une amélioration chronométrique si ça veut bien sourire !
Me voilà donc au bas du parc de la victoire, tout près de la barrière de devant, avec les meneurs d’allure qui viennent s’insérer. Je retrouve Philippe, un collègue de travail qui vient découvrir le 100 bornes à l’occasion de ce 40ème anniversaire de Millau. Je le sens stressé, même s’il m’annonce depuis un mois qu’il part pour faire moins de 10h. De mon côté tout va bien. Je me retourne fréquemment pour regarder la marée humaine qui nous suit à l’ombre des platanes.

Le défilé derrière l’orchestre est un moment de délassement et de concentration à la fois. C’est l’occasion de discuter avec Jean-Claude, rencontré sur l’Etoile Savoyarde, et avec Jacques l’homme qui court sur le chemin de Stevenson. C’est aussi l’occasion de retrouver Mathieu que j’avais hébergé l’an dernier avant de partager l’expérience des 24h d’Aulnat. On papote un moment ensemble, je dois redémarrer mon Garmin pour que le GPS parvienne difficilement à bloquer plusieurs signaux satellites et s’initialise correctement. Nous sommes à proximité de l’arche de départ. Le coup de feu du départ retentit et 20 secondes de marche plus tard, je passe la ligne.

depart

KM 1 à KM 7 : Millau – Aguessac
Mis à part quelques écarts pour dépasser des coureurs plus lents, je peux prendre assez facilement mon rythme de croisière, voir même davantage. Sur les premières centaines de mètres, il faut arriver à se relâcher malgré la vigilance nécessaire pour éviter l’affluence.
En passant à proximité de chez mon oncle André, je lève la tête pour essayer de l’apercevoir mais c’est loupé.
Côté température c’est idéal, j’ai ajouté une paire de manchettes que j’ai prévu de retirer dès que j’aurais retrouvé Julie. Dans ma main, un bidon rempli moitié eau plate, moitié eau gazeuse. Par rapport à l’an dernier j’ai fais attention à ne pas trop boire dans la dernière heure avant le départ, ce qui m’avait occasionné plusieurs arrêts lors des 7 premiers kilomètres l’an dernier. Pas terrible pour trouver son rythme.
Cette fois, une seule pause pipi sur les 7 premiers kilomètres, dès la sortie de Millau, juste avant de s’engager sur la deux voies en direction d’Aguessac.
Je suis passé au rond point en me souvenant de l’an dernier au même moment. Je ressens une bouffée de plaisir mais sans l’émotion de la découverte de 2010. Je sais ce qui m’attend, et je suis plus serein. J’ai malgré tout une grosse pensée pour mes grands parents en regardant les rochers sur le causse au-dessus du Tarn.

Je retrouve Jacques et nous discutons quelques instants avant que chacun n’entre dans sa course. Un peu plus loin c’est Mathieu que je retrouve, facilement reconnaissable avec sa longue silhouette longiligne de triathlète et son sac à dos de coureur sans suiveur vélo. Nous échangeons quelques mots, il me fait remarquer que je suis un poil rapide pour une allure cible visant le 10h15 à l’arrivée. Et c’est bien vrai, mais il est vrai aussi que je me sens bien à cette allure (11 km/h au lieu des 10,5 prévus) et que je décide d’y rester. Ce que je souhaite avant tout, c’est éviter les bouchons de l’an dernier sur la première moitié de la première boucle, lorsque je devais forcer le rythme pour dépasser les paquets de coureurs agglutinés derrière les meneurs d’allure. Des coureurs déguisés apportent un peu de couleurs dans le peloton.
Je dépasse les meneurs 12h puis 11h sur la deux voies et juste avant d’arriver à Aguessac. Premier ravitaillement en musique mais sans arrêt pour moi. Je suis déjà concentré pour retrouver Julie à la sortie du patelin. Avec le nombre de coureurs cette année, je m’attends à une belle pagaille dans la zone des vélos.
Avec le dossard 363, je retrouve Julie en tout début de zone A, très facilement. Quelques mots et c’est parti. Pas très longtemps toutefois car je me rends compte que le panier frotte encore contre le pneu avant du vélo. Julie s’arrête et me rejoint un peu plus loin après une réparation définitive et efficace à l’aide d’un deuxième bout de bois.

KM 8 à 20 : Aguessac  - Le Rozier
C’est l’échauffement. La partie la plus facile du parcours. Les corps sont frais, les esprits sont clairs, la route ne s’élève pas, les foulées sont détendues. Malgré l’affluence de coureurs et de leurs suiveurs en vélo, Julie parvient à rester à proximité. De temps en temps nous sommes tenus au courant de l’évolution du score du match qui oppose le XV de France aux All Blacks à l’autre bout du monde. Certains suiveurs écoutent le match à la radio et parfois ce sont les locaux sur le pas de leurs portes qui nous le disent lorsque nous passons à leur niveau. Les encouragements ponctuent le passage des coureurs dans les villages que traverse la course : Rivière sur Tarn, Boyne…  Bientôt le rocher de Capluc avec son crucifix se détache dans le ciel clair.
Je continue à courir à un rythme qui oscille entre 10,8 et 11,3 km/h, le GPS indique une moyenne de 11,1 km/h depuis le départ. Tout va bien pour l’instant et c’est heureux car la route est encore longue à cet instant. Julie fait le yoyo, lorsqu’elle s’arrête à un ravitaillement pour remplir un bidon, je continue à courir et il lui faut plusieurs kilomètres pour revenir à mon niveau. La route n’est pas très large et il y a beaucoup de monde. C’est l’effet du 40ème anniversaire et de ses presque 4000 coureurs (500+ marathoniens, 3400 centbornards). Je sais toutefois qu’avec notre rythme, nous sommes dans le premier quart de la course, et je n’ose imaginer l’affluence un peu à l’arrière.
Julie m’a rejoint au passage du pont sur le Tarn qui marque le début du retour sur Millau, soit la deuxième partie de la première boucle. Nous quittons Le Rozier(Aveyron) et entrons dans Peyreleau (Lozère). Ici la course change de physionomie. 

KM7 : les suiveurs au garde à vous

 

KM 21 à 30 : Le Rozier – La Cresse
La route s’élève face à nous. Bon ok, c’est léger, une petite épingle à négocier, un faible pourcentage d’élévation : tout le monde court, ou presque. Je franchis les dernières dizaines de mètres en marchant, en adoptant ma fréquence 40’’ course / 20’’ marche testée avec succès pendant l’Etoile Savoyarde. Je suis le seul à marcher et sur le bord de la route j’entends un « Allez, on court ! » qui me fait sourire.
Il faut se méfier de cette zone et ne pas se laisser griser par la fraicheur physique ressentie : à peine un semi marathon de couru ; qui peut inciter à adopter un rythme trop élevé dans les petites montées en faux plat qui émaillent le retour jusqu’à Millau.
J’ai perdu Julie dans la montée de Peyreleau. J’imagine qu’elle doit être en train de chercher à se frayer un chemin au milieu des coureurs et des vélos pour me rattraper. Je cours toujours avec un bidon à la main. C’est la seule chose à laquelle je fais attention : ne jamais perdre Julie sans avoir suffisamment de quoi boire avec moi. Les ravitaillements étant disposés tous les 5 km, nous faisons attention à ce que j’ai toujours au moins 5 km d’autonomie de boisson. Cela me permet d’être détendu pendant que Julie pédale comme une dingue pour me rattraper…
Dans une montée que j’aborde en alternant course et marche, je vois un vélo qui se relève, la chaine a sauté, le ravitaillement de son coureur éparpillé autour. J’apprendrai plus tard que Julie s’arrêtera pour aider l’infortuné à réparer et à repartir.

Autour de moi, des vélos me doublent à toute berzingue, lancés à la poursuite de leurs coureurs en avant ; des coureurs se retournent avec anxiété pour tenter d’apercevoir leurs suiveurs qui pédalent pour les rattraper… Et en arrivant à La Cresse, les premières victimes de crampes, des marathoniens pour la plupart, commencent à mettre le clignotant pour respirer un coup.

KM 31 à 42 : La Cresse - Millau
Le photographe officiel a profité d’un passage où Julie était avec moi pour faire la photo habituelle à ce moment de la course.
Je ne le vois qu’au dernier moment, occupé que je suis à manger un bout de barre de céréales.
Le passage de la Cresse à Millau est sans difficulté, il faut dérouler, ne pas se griller, et voir même se refaire une santé si nécessaire avant d’attaquer la seconde boucle de la course, la plus velue. Julie souffle, la route est à peu près plate, elle ne me perdra plus jusqu’au passage du Marathon. Elle peut se détendre : pas facile la vie de suiveur !
Une ambulance nous croise, lancée à toute vitesse et toutes sirènes hurlantes : il doit y avoir de la casse derrière !
Je rattrape une silhouette connue, celle de mon collègue Philippe. Il m’annonce qu’il ralentit un peu pour souffler, qu’il est bien et qu’il a appelé sa femme pour lui annoncer qu’il serait arrivé entre 9h20 et 9h50. Je lui glisse que c’est très gonflé de dire ça alors qu’on n’a pas encore attaqué les difficultés du parcours et qu’on ne peut jamais présumer de ce qui va arriver sur une course pareille. Il acquiesce et se plaint alors de maux de ventre. Inexorablement sa vitesse baisse et nous nous souhaitons bonne course.

Nouvelle photo officielle aux abords de Millau Plage avec le Puncho d’Agast en arrière plan. Je me sens plutôt bien à ce moment de la course même si par rapport à l’an passé je sens que j’ai un peu plus puisé dans le capital. Je m’attends à payer ce rythme plus élevé de 0,5 km/h que prévu dans la seconde partie du parcours mais je suis bien décidé à vendre chèrement ma peau ! Julie prend le temps de faire une petite vidéo où je lui confie mes petites craintes sur le fameux « je vais le payer plus tard ! »
KM25En tous les cas, l’entrée dans Millau se passe bien, applaudissements du public aux abords du Tarn, le rond point bloqué par les bénévoles que je remercie au passage et c’est la remontée vers la capelle, le mandarous et enfin le parc de la victoire. Nous commençons à croiser ceux qui nous précèdent. Les marathoniens tirent leurs dernières cartouches, bientôt nous serons entre centbornards. Quelques échanges de regards avec ceux qui nous précèdent et c’est l’entrée dans le parc de la victoire. J’indique à Julie qu’il vaut mieux m’attendre à la sortie du parc, pour éviter le randam de l’intérieur. J’aperçois Robert Bertin, un autre coureur rencontré à l’Etoile Savoyarde qui est aujourd’hui suiveur de madame, elle aussi illustre coureuse vue à l’Etoile. Un petit mot en passant, Julie s’arrête sur le côté et je m’engouffre dans le jardin du parc. Il faut monter jusqu’à la salle des fêtes, un coup de poêle à frire sur le dossard et on ressort pour la deuxième boucle. Passage au marathon en 3h56 (contre 4h24 l’an dernier). C’est un poil rapide, j’avais plus ou moins prévu 4h10… Mais les sensations sont bonnes. Certes je suis moins frais qu’en 2010 au même moment de la course mais le rythme est plus élevé.

KM 42 à 52 : Millau – St Georges de Luzençon
A la sortie du parc de la Victoire, je récupère Julie et je m’arrête quelques secondes pour saluer Robert toujours sur son vélo, à guetter le passage de Martine. On échange quelques mots et c’est reparti.
J’aime cette portion où l’on repart du centre ville. Les marathoniens ne sont plus là, il ne reste plus que les centbornards. On croise ceux qui nous suivent, quelques regards sont échangés. On se dit bon courage pour la suite…
Place du mandarous, et le boulevard qui descend vers le Tarn. Je me souviens de mon arrêt de 2010 à cet endroit pour remettre un peu de crème anti échauffement sur les orteils. Cette année, fort de cette expérience, j’ai abondamment tartiné mes pieds le matin et ils ne bronchent pas. J’en avais fais de même les 6 matins de l’Etoile Savoyarde et mes pieds n’avaient pas moufté non plus. Il ne faut pas hésiter sur la dépense. Je me souviens à cet instant de la tête du vendeur de chez Running Conseil lorsque fin juin en prévision de l’Etoile et de Millau, en plus d’un short et d’un maillot en soldes, j’avais posé sur le comptoir 3 tubes de crème NOK… Bref, je pense à tout ça et déjà nous voilà à la sortie de Millau, sur le pont qui enjambe le Tarn. Je désigne le panneau KM98 de l’autre côté de la route, en disant à Julie que celui là, dans quelques heures, sur le retour, nous serons contents de le voir…

Route de Creissels, on se rapproche du ravitaillement mais nous n’avons besoin de rien. Je bois régulièrement, les bidons sont remplis, il y a également de quoi grignoter dans le panier. Bref, aucune raison de s’arrêter. Julie m’encourage à manger un peu, trouvant que je ne fais pas d’excès en la matière. Alors lorsque nous arrivons au rond point qui précède la montée du viaduc, je mange un quartier d’orange. Je ralentis la foulée comme la route s’élève. Voilà, on y est : Millau commence ici. Les 47 kilomètres que nous venons de faire n’étaient qu’un échauffement. Je me souviens surtout que l’an dernier j’avais dépensé un peu trop d’énergie dans cette côte et que je l’avais payé par un moment passé à ramer avant de retrouver de bonnes sensations. Cette année j’ai prévenu Julie, je me le suis répété : objectif économie dans la montée du viaduc.
KM35J’aborde la grimpette avec mon allure 40 secondes course puis 20 secondes marche jusqu’au haut d la côte. C’est efficace et reposant, les périodes marchées permettent de reprendre son souffle tranquillement et de bien récupérer pour les périodes courues qui suivent. J’arrive en haut de la côte sans vraiment de coup de mou, ni de difficulté, plutôt satisfait de mon allure. Seuls deux coureurs m’ont dépassé en faisant toute la montée en courant. A l’inverse, j’en ai doublé un paquet. L’entrainement de l’Etoile Savoyarde a visiblement porté ses fruits…
C’est le passage à la verticale du célèbre viaduc de Millau. Je me retourne plusieurs fois pour essayer de repérer Julie, mais sans succès. Tant pis, je serais seul pour la photo du 50ème kilomètre avec le viaduc en fond. Petit coucou au photographe et c’est parti pour la descente vers St Georges. Ouille ! Comment ça ouille ? Ben oui, ouille : j’ai mal au ventre. Un point de côté mais pas si excentré que ça, sur les abdos. A chaque foulée j’ai l’impression qu’on m’enfonce un poignard dans le ventre. Pas très agréable… Je me force à faire preuve de relâchement, à laisser aller les bras, à détendre les épaules. Mais ça ne passe pas. Je commence à penser que vu ce qu’il reste à faire ça va être long avec cette douleur. Et je m’oblige aussitôt à positiver. Un poil de méthode Coué (« c’est bon, ça va passer ») et un poil d’habitude (« après la pluie, le beau temps… ») et je me concentre sur la discussion qu’a engagée un coureur à côté de moi. Bon ce n’est pas un long discours mais ça occupe la tête. Il me demande mon ressenti sur l’utilisation du bidon à main. Je lui confie tout le bien que j’en pense, on papote aussi sur nos temps passés et nos espoirs chronométriques pour cette année. Et bientôt voilà St Georges qui apparait. Lentement je distance l’autre coureur après que nous nous soyons souhaité une bonne fin de course.
D’un coup de pédale efficace, Julie est revenue à mes côtés. Elle me demande si je vais avoir besoin de quelque chose au ravitaillement de St Georges.

KM 53 à 59 : St Georges de Luzençon – St Rome de Cernon
La mission au ravito de St Georges est de remplir les bidons, refaire un petit stock d’oranges et de barres de céréales. Les seuls aliments qui me font envie.
Quand je traverse ce village, je pense à St Georges terrassant le dragon. C’est automatique. J’ai eu le même réflexe au retour de St Affrique et l’an dernier. Bon, il faut dire que cette partie entre St Georges et St Rome, c’est clairement mon dragon à moi. Il s’agit de la portion que j’aime le moins dans Millau parce que c’est celle que je trouve le plus difficile. A l’aller c’est un faux plat montant et au retour, forcément, un faux plat descendant. Mais ça n’en finit jamais. A peine 7 kilomètres mais qui durent, qui durent… la route est large, une voie de chemin de fer à gauche, une falaise à droite et juste le bruit des foulées qui résonne sur le goudron. Coincé entre les deux ascensions et descentes du Viaduc et de Tiergues, je redoute ce passage où j’avais peiné l’an dernier.
Pour autant il y a un avantage cette année ; je sais ce qui m’attend. Alors je serre les dents et je garde le cap. Un peu moins de 11 km/h, j’essaye d’être constant mais ce n’est pas évident. Je dis à Julie que l’an dernier c’était là que j’avais croisé les premiers. Ne pas apercevoir la voiture de tête cette année me motive : je suis moins en retard qu’en 2010 !
Un coureur au style élégant me dépasse et je n’essaye pas de m’accrocher. Je me contente de rester à mon rythme, de garder de la lucidité pour avancer sans me fatiguer.
Enfin, voilà les maisons de St Rome qui apparaissent. Ouf. Nous allons bientôt entrer dans Tiergues, le gros morceau de cette course. Je suis surtout soulagé à l’idée de bientôt marcher. Cela va casser un peu le rythme et fera du bien.KM50 
KM 60 à 71 : St Rome de Cernon – St Affrique
Julie et moi sommes tombés d’accord pour qu’elle ne me suive pas jusqu’à St Affrique. Je la distance trop en montée et l’enchainement montée descente montée qu’il faut accomplir maintenant ne nous permettra pas d’être suffisamment ensemble. Nous convenons qu’elle va monter Tiergues à son rythme, à côté du vélo et qu’elle m’attendra au ravitaillement en haut de la côte pour me récupérer à mon retour, lorsque j’aurais couru la descente jusqu’à St Affrique et fait mon demi tour.

Comme je l’ai fais dans la montée du Viaduc, je vérifie que j’ai suffisamment d’eau pour aller jusqu’au prochain ravito. Le bidon à ¾ plein je peux prendre mon rythme tranquillement sans me soucier de Julie qui met pied à terre dans la pente. Voilà Tiergues. Les présentations ont été faites l’an dernier et je suis moins impressionné. Pour autant, il ne s’agit pas de prendre cette difficulté par-dessus la jambe. Un excès d’optimisme et c’est le coup de bambou assuré. Je ralentis et m’arrête de courir pour 20 secondes de marche. De quoi permettre au cœur de baisser d’une dizaine de pulsations (valeur vérifiée pendant les entrainements sur le même type de terrain car pour Millau je n’ai pas emporté le cardio) et de reprendre son souffle tranquillement. Quand tout est ok, après vingt secondes donc, c’est parti pour 40 secondes de course. La remise en route n’est pas problématique, les jambes répondent encore bien, les cuisses ne sont pas douloureuses.
J’ai croisé Michael Boch qui s’envole vers le doublé, puis Ludovic Dilmi et Denis Morel qui finiront dans cet ordre sur le podium. Les coureurs qui suivent me croiseront tout au long de la montée de Tiergues. Michael Boch a le visage plus tiré que l’an dernier. L’enchainement 15 jours après les mondiaux doit commencer à lui peser dans les jambes…
De mon côté, pas de gros problème et je continue mon rythme marche et course. Je vais ainsi faire toute la montée sur cette alternance qui me va bien, je progresse et reprends pas mal de coureurs dont Widy Grego qui a quitté les sentiers d’ultra trail pour venir tâter du goudron millavois. Je le dépasse dans la première épingle. Le rythme est bon, je continue sur ma lancée et parvient au sommet de Tiergues avec l’impression d’avoir bien géré la montée. Impression seulement car une féminine me double à ce moment là avec une facilité déconcertante. Et dans la descente qui enchaine, je n’ai pas de très bonnes sensations. Mes cuisses piquent un peu, j’ai soif et envie de sucré alors que dans mon bidon, je n’ai que de l’eau plate coupée avec de l’eau gazeuse. Je trottine donc jusqu’au ravito où j’ai fixé rendez vous à Julie pour le retour. Je m’arrête une trentaine de secondes pour boire un peu de coca, refaire le niveau du bidon. Une minute plus tard, j’ai retrouvé de meilleures jambes : le coup de bambou n’aura pas duré longtemps et c’est tant mieux car il reste de la route !

La descente sur St Affrique se passe plutôt bien. Je croise les coureurs qui me précèdent, encouragements réciproques. Je n’ai pas de douleurs abdominales comme lors de la descente du Viaduc. Je me suis appliqué à bien respirer. Mentalement je pense déjà à la remontée de St Affrique qui va faire du bien pour casser le rythme de cette descente tout de même bien usante à la longue. Je repense à la première étape de montagne lors de l’étoile savoyarde ; à la descente du col du Marocaz menée tambour battant par Eric et Alain après 50 km. Je craignais de finir la descente avec les cuisses meurtries à cause du rythme mais en se relâchant et en n’essayant pas de se retenir, j’avais réussi à limiter la casse. J’essaye donc d’appliquer la même méthode et j’arrive à St Affrique dans un état convenable. Pas de douleur, même si les cuisses commencent à chauffer, et pas d’inquiétude pour la suite.
Paolo Uccello, XVe siècle, Saint Georges terrassant le dragon
KM 72 à 82 : St Affrique - St Rome de Cernon
Nous voilà au 72ème kilomètre. Il faut maintenant revenir à Millau en empruntant le même chemin que celui que l’on vient de courir. Remonter Tiergues, redescendre Tiergues, faux plat infernal entre St Rome et St Georges puis la montée du Viaduc, la redescente… Stop ! Je m’en tiens à penser à la montée qui arrive immédiatement. Je m’arrête quelques secondes au ravitaillement de St Affrique et un bénévole m’annonce 135ème (130ème en réalité). Il est 16h40, voilà 6h40 que le départ a été donné. Un coup de poele à frire sur le dossard pour marquer mon passage et je m’autorise à manger un peu. Deux tartines de fromage local, le salé me fait du bien. Je finis de manger en trottinant puis je reprends mon rythme pour faire le petit tour qui revient sur la côte. Voilà. Maintenant nous allons croiser ceux qui nous suivent.
Comme d’habitude, alternance marche / course dés le bas de la pente. L’an dernier j’avais marché longtemps, car la pente au départ de St Affrique est velue.

Dans la montée je rattrape encore quelques coureurs. En face des exclamations : je croise Christophe qui vient me saluer, puis David, Jean-Claude, et enfin Mimi et Bernard. A chaque fois c’est l’occasion de grands encouragements sonores, rires et exclamations qui font du bien. Tous les coureurs croisent un ami, un parent qui est dans l’autre sens. Et c’est ce qui fait le charme de cet aller retour entre Millau et St Affrique. En plus des encouragements entre ceux qui partent et ceux qui reviennent. Car avec un délai maximal de 24 heures pour aller au bout du parcours, on croise très longtemps de coureurs dans l’autre sens… Je n’ai pas vu Philippe et je commence à penser qu’il a peut être jeté l’éponge.

Arrivé deux cents mètres sous le ravitaillement je retrouve Julie qui est descendue un peu pour me rejoindre. Elle m’annonce que Mathieu a rendu son dossard au 50ème kilomètre, petites douleurs qui l’ont dissuadé de continuer surtout qu’il a d’autres courses à venir ces prochaines semaines. Dommage ! Nous n’aurons pas l’occasion de boire une bière ensemble à l’arrivée.
Julie à mes côtés, je remonte au sommet de Tiergues après avoir dépassé le meneur d’allure 10 heures. Je suis d’ailleurs un peu étonné de le rattraper. Et ça ne va pas durer.
Après avoir basculé au point culminant de la montée de Tiergues, il est maintenant temps de redescendre. Et après être revenu à mon niveau, le meneur 10h file comme l’éclair, descendant tambour battant. Dans un coin de ma tête je me suis mis à penser qu’avec un peu de chance je pourrais finir en moins de 10 heures. Je suis un peu déçu de le voir partir si vite, mais je me dis que je n’ai peut-être pas le niveau, tout simplement. Mais je ne m’emballe pas. Je continue à descendre à mon rythme, il reste encore vingt kilomètres...

Julie me fait remarquer que nous sommes isolés. Et c’est vrai que devant, maintenant que le meneur 10 heures a disparu, c’est le désert. Seuls ceux qui montent dans l’autre sens jettent des traits de couleur dans le paysage. Je me concentre sur ma foulée, mais je profite quand même de l’environnement. J’aime beaucoup ce passage de Tiergues avec ses épingles et la route qui descend vers St Rome. En face, les coureurs qui montent m’encouragent et je leur renvoie la politesse. Ils progressent souvent par paquets et plus on recule dans le classement, plus on voit des sourires illuminer leurs visages. Millau a encore de beaux jours devant lui...

KM 83 à 88 : St Rome de Cernon – St Georges de Luzençon
Nous voici à St Rome, la descente de Tiergues s’est terminée. Un autre coureur m’a repris sur la fin, et il file comme l’éclair devant moi. Je remercie les bénévoles qui bloquent la route pour nous laisser passer juste comme nous arrivons. Leur signal est un « descente ! » crié à l’intention de ceux qui s’occupent de la circulation. Ici le coureur est vraiment chouchouté, c’est une autre raison du succès de cette course.
Je m’enquiers auprès de Julie de l’état de notre ravitaillement. Liquide surtout. Je n’ai pas très faim, c’est une constante depuis le départ et je mange juste ce qu’il faut pour avoir l’énergie suffisante pour finir la course. Cela me change d’autres courses où je passe mon temps à m’empiffrer ! Julie m’indique que nous avons suffisamment d’eau donc pas d’arrêt aux stands. Cela m’arrange. Car voilà que se profile ma bête noire, ce passage entre St Rome et St Georges et j’ai envie de poursuivre sur un bon rythme qu’un arrêt pourrait enrayer.

C’est donc parti pour les kilomètres qui ne défilent jamais assez vite. Des images de l’an dernier me reviennent en mémoire. Je me souviens qu’ici la température était tombée lorsque j’y étais passée et que depuis St Affrique j’avais revêtu les manches longues. Je me rappelle d’une pause pipi pour rompre la monotonie de cette section. Je réalise alors que je me suis beaucoup moins arrêté que l’an dernier. Peut-être moins bu ?

Julie me parle de choses et d’autres... Je ne suis plus vraiment étanche à ce moment-là. Mes jambes commencent à me faire comprendre que bon, quand même, c’est bien joli tout ça mais il serait peut-être temps de songer à arriver. Je ne suis pas très agréable niveau conversation, je ne réponds pas ou alors pas monosyllabes murmurées. Julie comprend et n’insiste pas. Je me concentre sur ma foulée, essayant d’être constant et d’avancer. Je regarde mon chrono toutes les minutes, pour me persuader que j’avance bien. Je dis à Julie que soit je fais un joli chrono, soit j’explose en vol ; désormais je n’ai plus d’autre choix...
Il me semble que le meneur 10h me dépasse à nouveau à ce moment-là avec toujours deux coureurs accrochés à ses basques. Certainement qu’ils se sont arrêtés au ravito de St Rome.

A propos de ravito, voilà celui de Pont de Dourdou au km 85. Je m’arrête quelques secondes avec l’idée de tremper mon bob dans un grand seau d’eau pour me rafraîchir le crâne. Mais c’est quand je repars que je me rends compte que je n’ai fais que boire un verre de coca. Bon tant pis, on continue comme ça...

Encore quelques foulées faites au mental, je dépasse quelques coureurs et en face j’en croise toujours plus. Je vois le meneur 10 heures qui adopte le Cyrano sur le plat, ce que je ne fais pas. Je suis toujours avec cette idée de pouvoir finir en moins de 10h ce qui constituerait une belle marque après mes 10h53 de l’an dernier. Je pense à ça. Je pense à mes enfants. Je pense à ces longues sorties faites en solitaire à l’entraînement cet été, à ces réveils à 5h du matin le dimanche pour aller courir 4 heures quand tout le monde dort... Et voilà St Georges qui émerge au bout du rouleau d’asphalte. Je souris intérieurement.
KM 40 : Millau plage
KM 89 à 95 : St Georges de Luzençon – Raujolles
Je dépasse le meneur d’allure que je repère à son drapeau posé sur le vélo du suiveur arrêté au ravitaillement de St Georges. Bon, cette fois, c’est clair : les moins de 10 heures sont du domaine du possible et je peux m’accrocher à cette idée pour tenir le rythme.

Pas d’arrêt au ravito de St Georges : j’ai hâte d’arriver dans la montée du viaduc pour récupérer un peu lors des passages marchés. Julie parvient à rester à proximité dans la montée qui est longue mais qui passe mieux que l’an dernier. Je redoute toutefois la descente qui suit, car je me souviens qu’en 2010 mes genoux avaient manifesté leur désaccord à ce moment.

Arrivé à la verticale du viaduc, j’essaye de me relâcher. Epaules, bras, poignets, mains : tout y passe. Respiration par le ventre, et mise au net dans la tête. Concentration sur un point : la ligne d’arrivée qui est à moins de 10 kilomètres. Mon GPS confirme que le moins de 10 heures est dans la ligne de mire. Mais alors que je vais aborder la descente vers Raujolles, un début de crampe vient me tirailler l’arrière de la cuisse. Je me force à rester calme, à détendre mes muscles, à boire... et à penser à autre chose. La vue sur le Puncho d’Agast me donne le courage de continuer à bon rythme dans la descente.  En face je croise les derniers concurrents qui marchent en direction de Saint Affrique. Je les félicite et les encourage, vraiment impressionné par les heures qu’ils vont encore passer sur la route, avec la nuit qui va tomber.

Sur les bords de la route, je dépasse des coureurs perclus de crampes qui s’étirent contre les rails sur le bas côté.

KM 96 à 99 : Raujolles – Millau (Place du Mandarous)
Peu après Raujolles, nous dépassons un coureur assis par terre, les chaussures retirées, qui est en train de remettre de la crème NOK sur des pieds en sang.

Nous sommes maintenant dans les 5 derniers kilomètres et mes cuisses chauffent vraiment. Le GPS annonce une moyenne de 10,4 km/h depuis le départ, à comparer au 9,2 au 100ème kilomètre de l’édition précédente. Cette fois, je sens que c’est dans la poche, la barrière des 10 heures est à ma portée. Je maintiens donc le rythme au passage à Creissels. Julie me demande s’il me faut quelque chose mais c’est bon, je pense juste à rentrer et je n’ai besoin de rien. Comme l’an dernier quand je faisais des calculs pour finir en moins de 11 heures, je passe la traversée de Creissels à calculer un temps possible d’arrivée. Cela présente l’intérêt de ne pas penser à mes cuisses qui me brûlent, à mes mollets qui tirent, à mes pieds qui chauffent.

Au passage sur le pont à l’entrée de Millau, je montre le panneau du KM98 à Julie en lui disant que comme prévu, je suis bien content de le voir !
Un coureur me dépasse à ce moment, je l’encourage. C’est le money time. Nous savons que nous serons finishers de cette édition, on peut maintenant prendre le temps de savourer ou au contraire chercher à améliorer un chrono. Je choisis la seconde option. Je me rends compte que je suis sur les bases d’un chrono que je ne pourrais peut être plus approcher dans le futur (9h50 ?), autant faire du mieux possible... Au passage sur la place du Mandarous, Julie me dit qu’un coureur est en PLS sur le trottoir. Je tourne sous les applaudissements des millavois qui nous encouragent et passe devant le panneau du KM99.

KM 99 à 100 : Arrivée, Millau (Parc de la Victoire)
Il y a plusieurs coureurs devant moi. Julie m’encourage et donne de la voix. Elle me motive pour aller les doubler et contrairement à mes habitudes, j’accélère dans ces ultimes centaines de mètres. J’allonge la foulée, et le parc de la Victoire se rapproche vraiment. Je dépasse un coureur, puis un autre au niveau de la barrière. Entrée dans le parc de la Victoire noir de monde. Il y a des spectateurs massés de part et d’autre des barrières qui nous encouragent de la voix. Je ne coupe pas mon effort, dépassé à nouveau deux coureurs dans la dernière ligne droite. Je me mets à espérer un temps de 9h45. Nous sommes plusieurs coureurs dans cette ligne droite finale mais je prends les encouragements du public pour moi, comme s’ils m’étaient destinés. C’est aussi ça la magie de Millau : tous les coureurs ont l’impression d’être des champions quelques heures, quel que soit leur niveau.

J’ai perdu Julie qui a du poser son vélo quelque part pour me rejoindre à l’intérieur. Je grimpe le podium d’arrivée, entre dans la salle des fêtes et passe la ligne d’arrivée. Stop. Je me retourne et aperçoit mon chrono : 9h39, la cerise sur le gâteau : 1h14 de gagné sur l'an dernier.
KM100Je récupère mon sac de finisher contenant la médaille et le sac à dos anniversaire et je vais m’asseoir sur une table avec Julie. Il faut récupérer et je vais rester un moment là, à boire de l’eau gazeuse et aussi un verre de bière bien mérité. Pendant trois quart d’heure, je reste assis, j’assiste aux arrivées des autres concurrents. L’un d’eux s’effondre à peine la ligne d’arrivée franchie et les secours doivent l’évacuer.
L’après course est belle. Je retrouve des visages connus, Jacques, Christophe... Je félicite Michael Boch pour sa superbe victoire. Le repas passe bien, c’est l’occasion de se réhydrater correctement, même si je n’ai pas très faim, je mange et jette un oeil de temps en temps aux arrivées qui continuent. J’aurais aimé rester un peu plus longtemps pour profiter de cette ambiance, voir les coureurs arriver mais la fatigue me tombe dessus et je sens qu’une nuit de sommeil me fera du bien. Nous quittons donc la salle des fêtes pour rejoindre un repos qu’on n’a pas volé.

Allures de passage :

 

Kilomètre

Temps

Cumulé

5

27’12


10

27’11


15

28’22


20

28’39


25

27’40


30

28’22


35

27’56


40

28’28


Marathon

  

3h56’

45

28'24


50

29'27


55

27'59


60

29'19

 

65

31'53


70

30’02


St Affrique

 

6h40’

75

33’02


80

31’58


85

25’51


90

29’01


95

30’46


100

29’06

9h39’

 

Epilogue
Voilà. La 40ème édition des 100 km de Millau a vécu. Je suis heureux de l’avoir partagée avec Julie qui a découvert le monde de l’ultrafond à cette occasion. Avec l'affluence de cette édition, elle n'a pas eu la vie facile et a passé son temps à me pédaler après. Elle s'est toutefois acquittée de sa tâche (ingrate) avec talent. J'ai ainsi pu avoir des bidons remplis dès que c'était nécessaire et si j'ai pu profiter autant de cette course, c'est en grande partie gâce à elle. De plus, pour quelqu'un qui ne fait jamais de vélo, faire 90 km dont une grande partie sur des terrains valonnés... elle s'en est très bien tirée. Je ne sais pas en revanche si elle acceptera de revenir me suivre à Millau ou sur un autre cent bornes ! A suivre...

 

Une nouvelle fois un grand merci à mon oncle André pour son hébergement 4 étoiles à deux pas du parc de la Victoire.

 

Cette édition a été un succès populaire. Plus de 3400 coureurs au départ, 2445 à l'arrivée. Nous avons eu une météo idéale, sans pluie, avec un soleil voilé. Je n’ai pas connu de gros problème et la course s’est globalement très bien passée. J’y ai pris un grand plaisir et mon aventure avec Millau n’est pas finie... Cette course est superbe et majestueuse, je serais bien sûr au départ de l'édition 2012 si tout va bien... PARCE QUE MILLAU !

Rédigé par Oslo

Publié dans #Ultra - Course

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L
<br /> Si tu gagnes plus d'une heure tous les ans sur le parcours, ça va faire mal d'ici peu.<br /> J'aime bien lire tes CR, j'attends avec impatience celui de l'Ultr'Ardèche<br /> Fais une bise de ma part à Julie "Jalabert"<br /> <br /> <br />
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A
<br /> encore bravo!!!! ( et : waouw! )<br /> et bravo à Julie aussi !!!<br /> <br /> <br />
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