Pélerinage à la Mecque (Acte 1)

Publié le 29 Septembre 2010

1 - Préambule

 

Millau… 100 kilomètres… un mythe, une légende, une folie. Je me souviens lorsque j’étais enfant et que mon grand père m’en parlait à demi-mot, lui le Millavois qui trouvait tous ces coureurs un peu frappés du ciboulot.

De l’eau a coulé dans le Tarn depuis. Mon grand père nous a quitté trop tôt et moi je suis resté là ; scotché à la fin des années 90 avec dans l’idée la même pensée que lorsque j’étais enfant : que tous ces coureurs étaient des extra-terrestres.

ViadudMillauSite 

2 - Avant…

 

Cette histoire débute un vendredi 24 septembre, au début d’un automne dont nous guettons déjà les premiers indices météorologiques. J’ai coupé l’entraînement depuis 2 semaines, me contentant de faire du court et du très léger. Mes sacs sont prêts, le bonhomme semble l’être aussi. J’ai une petite boule au ventre en ce début d’après-midi au moment de laisser la petite famille à la maison. Et puis c’est parti, je quitte les monts du lyonnais ; direction la banlieue stéphanoise pour la première étape.

Daniel mon beau-père sportif m’attend en effet avec son VTT et ses sacs. Le break a été allégé de tous ses sièges arrière, on y charge tout en un temps chrono. Moins de dix minutes  d’arrêt aux stands et nous voilà déjà repartis. Direction Millau !

 

Autoroute sans histoire jusqu’à Clermont-Ferrand, puis nous mettons le cap au sud. Sur une portion à deux voies limitée à 90 km/h, appels de phare en face, frénétiques, je ralentis jusqu’à 80 km/h comme toutes les voitures autour de nous. Et soudain je vois une Saxo verte pliée de l’avant fracassée contre la paroi centrale en béton. La vitre conducteur est en miettes, le radiateur pisse l’eau de partout. Au volant un papi à casquette qui gesticule à travers la portière. Je ralentis complètement, bande d’arrêt d’urgence. Hop, gilet jaune, je descends. Daniel me rejoint et à tous les deux nous sortons le conducteur par la portière passagère. Nous le mettons en sécurité de l’autre côté de la rambarde, près de notre voiture et nous le faisons asseoir en lui proposant à manger et de l’eau. Lorsque les gendarmes arrivent, nous comprenons que le papi remontait l’autoroute à contresens. Une autre voiture qui n’a pu l’éviter et qui a frotté est immobilisée deux cents mètres plus loin. Les gendarmes nous donnent le GO de départ et nous repartons après cet arrêt inattendu de quinze minutes.

 

Arrivée à Millau après avoir traversé plusieurs grains dont certains sévères nous ont obligé à rouler à 80 km/h sur l’autoroute, les essuie glace à vitesse maximale. Il est 17h20, un petit coup de fil à Taz pour savoir où il en est avec Arthur et leurs suiveurs… Nous nous donnons rendez-vous au parc des victoires. Le temps de se garer à proximité dans une petite rue de lotissement.

L’agitation est déjà palpable autour du parc de la victoire. J’ai des souvenirs de tour de France et de mondial de pétanque dans ce haut lieu de l’animation millavoise. La grande arche Mizuno autour de la grille d’accès ne laisse aucun doute sur la nature de ce rassemblement. Je suis juste heureux de faire partie de cette fourmilière. Le retrait des dossards est d’une rapidité confondante. Je tombe sur Arthur, Taz et Jean Mik, on papote un peu. Daniel pense à prendre un billet pour le buffet campagnard d’après course et se tâte pour acheter un tee shirt officiel mais à 25 euros le bout, il passe son chemin. De mon côté, je récupère le mien, inclus dans les frais d’inscription. Très chouette tee shirt d’ailleurs d’un vert pomme qui tranche avec le sempiternel blanc. L’affiche est très réussie aussi, je la récupère avec précaution.

 

Nous blablatons un moment dans les gradins et puis je donne rendez-vous aux copains le lendemain matin pour l’enregistrement des dossards. Je regarde tout ce monde autour de nous, je ne réalise pas encore très bien que je m’apprête à courir les 100 km de Millau le lendemain…

Un petit coup de voiture plus tard, nous voici sur les hauteurs de la ville chez mon oncle André qui nous offre gîte et couverts pour ce week end millavois. De la terrasse nous apercevons le viaduc et nous guettons avec appréhension les nuages sombres qui stationnent dans le ciel…

André nous offre un petit tour de ville pour repérer les endroits où nous pourrons nous garer le lendemain, de sorte à pouvoir récupérer la voiture rapidement le samedi soir après la course.

 

Repas en famille à base d’aligot et de pizza, il faut prendre des forces pour le lendemain ! L’extinction des feux est laborieuse, comme chaque veille de course. Un mélange d’excitation et d’impatience qui empêche de s’endormir sereinement. C’est toujours la même chose et ça fait aussi partie des charmes de la course.

 

3 - Pendant…

 

Le lendemain matin, c’est le grand jour. Petit-déjeuner classique avec Daniel et André, puis nous lorgnons vers le ciel pour choisir la tenue adéquate. Pas facile… Averses possibles, température frisquette, rafales de vent éventuelles… J’opte finalement pour un short et un tee shirt de la 6666 accompagné de manchettes. Sans oublier mon bob orange !

 

Il est quasiment 8h30 ce samedi matin, nous avons trouvé une place à moins de cent mètres du hall d’arrivée du parc de la victoire, de quoi ménager nos jambes le soir après la course. 

Petit à petit le hall d’arrivée se remplit, les coureurs viennent se faire enregistrer à coup de « poêle à frire ». Je me fais enregistrer au contrôle du départ, puis dépose le sac avec nos affaires de rechange pour la douche d’après course. Les vélos des suiveurs s’accumulent, contre les barrières, contre les platanes, là où la place le permet…

Alors commence l’attente. Certains coureurs sont déjà fin prêts mais à les voir en short échancré et maillot sans manche, j’ai froid pour eux. La température est fraîche, et j’ai revêtu mon coupe-vent en attendant le départ de Daniel pour Aguessac.

Un petit coup de fil à la maison. Ma fille de 3 ans me demande si j’ai fini de courir… je lui explique que je n’ai pas commencé et elle me répond qu’elle va jouer un peu au ballon en m’attendant… soupir !

Je me change les idées avec un coup de fil à Taz et Arthur qui sont en train d’arriver au parc de la victoire. C’est le moment des derniers préparatifs avec Daniel. Je décide comme prévu de partir avec un bidon à la main et de laisser deux autres bidons dans le panier du vélo ; avec le poncho en cas de pluie et quelques barres de céréales.

Soudain à nos côtés j’aperçois une tête connue. Vincent Toumazou qui a vaincu la terrible et mythique Badwater il y a 2 mois. Vincent dont j’ai lu et relu les superbes récits millavois. Nous papotons un moment et puis c’est déjà l’heure pour les suiveurs de partir vers Aguessac situé au KM 7 du parcours. Dernières vérifications avec Daniel, je retire mon coupe vent qu’il enfourne dans le sac à dos et puis c’est parti, à toute à l’heure !

 

KM 0 : Parc de la victoire – Avenue Jean Jaurès

 

Je retrouve Taz et Arthur près de la salle. Teraflop est parmi nous, et c’est à quatre que nous allons nous immiscer dans le convoi humain qui se met doucement en branle à 9h30 pour rejoindre le départ sur l’avenue Jean Jaurès. Se mettre en mouvement fait du bien, au milieu de mes congénères coureurs, je sens moins la piqûre du froid matinal. Comme c’est la tradition, nous marchons en convoi dans les rues millavoises. Devant, tout là-bas, nous entendons la fanfare. Sur les trottoirs et aux fenêtres les spectateurs nous regardent et nous encouragent alors que le départ n’a pas encore eu lieu… Les 100 km de Millau sont une fête pour la ville, et on sent bien combien les gens d’ici y sont attachés. Je prends beaucoup de plaisir à cet instant, savourant ces ultimes moments avant l’aventure. Je me sens bien, détendu et serein. Je sais ce qui nous attend et ça me remplit de joie. J’ai hâte de partir, car ce froid insistant n’est pas très agréable. Pire, je sens quelques gouttes… Nous nous immobilisons sur l’avenue Jean Jaurès et après quelques instants de répit, c’est le coup de feu qui nous libère.

 

KM 1 à 7 : Millau – Aguessac

 

C’est parti, et je m’élance tranquillement dans la joie tout autour de nous. Environ 2000 coureurs (1600 sur le 100 km + 400 sur le marathon) se mettent en route. A peu près 2 minutes de marche avant de passer la ligne de départ. Enfin les premières foulées, un peu gauches et empruntées : la route est longue et nous sommes déjà nombreux à adopter un rythme qui se veut prudent. J’imagine que devant, ce n’est pas la même mayonnaise… La 39ème édition de Millau semble indécise et plusieurs prétendants à la victoire sont dans les rangs.

 

L’avenue Jean Jaurès est parcourue sous les encouragements des spectateurs. Je suis dans une sorte de bulle. Taz et Arthur semblent l’être aussi, les mots sont rares mais les sourires francs. Chacun profite de ce moment attendu depuis longtemps. Pour ma part, ce sont deux mois et demi d’entraînement sur les routes des monts du lyonnais, pour arriver ici et maintenant… Je regarde autour de moi. Je suis passé ici tant de fois étant enfant ; et maintenant je découvre ces endroits comme si c’était la première fois. Passage devant la piscine où j’ai appris à nager il y a plus de vingt cinq ans… Et toujours les encouragements des spectateurs sur les trottoirs. Un salut à mon oncle qui s’est posté dans un coin avec l’appareil photo et nous quittons Millau en direction d’Aguessac. Ce passage, je le connais tellement. Je me souviens des sorties à moto derrière mon grand père quand nous partions dans les gorges… Et là j’ai comme une boule au fond de la bouche et je sens que l’émotion est grande. Alors je me concentre tout de suite sur ma foulée pour ne pas laisser trop d’énergie avec ces souvenirs.

 

C’est le début de course, nous sommes frais et le long passage sur la 2x2 voies à la sortie de Millau n’est pas rébarbatif. Le peloton est compact et plutôt concentré, appliqué à la tâche. Certains marchent à un bon rythme, d’autres accélèrent puis ralentissent au rythme d’un arrêt pipi. Je ne déroge pas à la règle d’ailleurs, la faute à la bouteille de St Yorre que j’ai bue avant le départ en plus du grand bol de thé au petit déjeuner… Mentalement je me répète plusieurs fois « ça y est, tu y es ! » et je sens que mon visage se creuse d’un grand sourire. Arthur et Taz sont à proximité, nous voilà comme noyés dans une masse qui avance doucement. Deux ou trois fois je me retourne pour embrasser le panorama. Au fond le viaduc qui domine et en bas, le long serpent multicolores de coureurs. Des images d’Epinal de la course.

aguessac

 

Un peu avant Aguessac, nous rejoignons Yoyo qui officie en tant que meneur d’allure 14 heures. Echange de quelques mots, on évoque la 6666 Occitane et on puis on plaisante avant de continuer à notre rythme. Taz surveille son cardio et m’incite plusieurs fois à ralentir. De mon côté, pas de cardio. J’ai décidé d’y aller à la sensation, en surveillant simplement mon allure. J’ai travaillé la plage 9,5 à 10 km/h pendant l’entrainement et je veux rester dans les clous. Je me sens bien, et je me limite à un 9,7 km/h de moyenne qui me va bien au teint. Objectif chronométrique ? 11h30-12h00 à vue d’œil, j’avais même annoncé un 11h00 si j’étais dans un bon jour. Mais à cet instant tous les pronostics s’effritent. Les temps de passage me sortent complètement de la tête. Je ne pense plus du tout à ça, d’ailleurs je n’ai pas affiché le temps de course sur le Garmin. Non, je profite d’être ici, en forme, en train de faire ce que j’aime. En sachant que tout cela peut s’arrêter très vite.

 

Aguessac, nous voilà. Nous retrouvons la ferveur des supporters au moment du premier ravitaillement. Comme prévu je continue sans m’arrêter. Un bidon à la main, je bois régulièrement mon mélange eau plate et St Yorre.

A la sortie du village, il faut être attentif car nous devons récupérer nos suiveurs. L’organisation est rodée, impeccable : dossards impairs à gauche de la route, dossards pairs à droite ; zones longues et larges en fonction de son numéro de dossard. Je retrouve Daniel facilement, tout va bien et on repart. Notre première discussion concerne la météo. Des nuages menaçants s’amoncèlent au-dessus des gorges, pile poil dans la direction que nous prenons. Le poncho est accessible dans le panier du vélo donc tout va bien. J’espère quand même qu’il ne pleuvra pas trop en début de course.

 

KM 8 à 20 : Aguessac – Le Rozier

 


Voilà, la course se lance. Il est temps de prendre nos marques avec Daniel. Le peloton est encore très compact. Il y a aussi beaucoup de vélos, il faut être attentif pour ne pas se retrouver coupé dans son élan ou se gêner. Tout le monde fait attention et tout se passe bien. Daniel fait le yoyo, tantôt à mon niveau, tantôt en arrière. J’échange quelques mots avec Jean-Mik le suiveur d’Arthur qui va plusieurs fois descendre de selle pour faire des photos. Il faut dire que le coin s’y prête. La route est belle, au milieu de paysages à couper le souffle. Et le peloton s’étire, ronronne comme un vieux chat tranquille. Chacun commence à trouver son rythme de croisière.

 

Au ravitaillement de Rivière sur Tarn (KM 12), je perds Daniel quelques instants. Je m’arrête un moment pour m’assurer qu’il a bien repris la route puis je repars. Je cours toujours à un rythme oscillant entre 9,5 et 10 km/h, en aisance totale, avec le frein à main pour en garder sous la semelle. Je sais que la route est longue et je sais que cette première boucle du marathon doit n’être qu’un échauffement. Alors je trottine sagement en discutant avec Daniel. Petit à petit nous entrons dans notre course. Je ne me préoccupe plus trop d’Arthur qui est devant. Taz court dans mes proches environs. De temps en temps je l’entends qui m’incite à ralentir mais je trouve que je suis déjà suffisamment prudent.

  

Entre Rivière et Boyne, en contre bas de la route, des gamins s’entrainent au rugby. Je crie à l’attention des entraineurs qu’on a un cruel besoin de piliers à haut niveau. La route est ouverte à la circulation mais il est difficile pour les automobilistes de se frayer un chemin parmi les coureurs. Après quelques centaines de mètres à respirer les gaz d’échappements, je finis par doubler le meneur d’allure 13h autour duquel s’est formé un noyau de coureurs et qui bouchonne les voitures.

 

Au ravitaillement de Boyne (KM 16) j’essaye de récupérer une tartine de fromage mais je n’en trouve pas, de toute façon c’était plus par gourmandise que par réelle nécessité. J’ai avalé une barre de céréales il y a quelques instants. En revanche j’indique à Daniel quels mélanges liquides je souhaite. Mon beau-père refait le plein des bidons selon mes indications pendant que je continue de courir. Il me rattrape quelques centaines de mètres plus loin avec un échantillon de nourriture et les précieux bidons remplis. Nous allons suivre ce plan toute la course et j’avoue que c’est un luxe inouï qui procure un confort déterminant pour le coureur. Le suiveur a un rôle déterminant et je le réalise à cet instant ; il s’agit vraiment d’une course d’équipe.

 

De l’autre côté de la route, nous apercevons les premiers qui déjà redescendent en direction de Millau. Ils ont un rythme effarant, c’est impressionnant à voir.

 

Je retire mes manchettes et les pose dans le panier. Je cours avec un bidon à la main et j’ai une pensée pour Vincent qui depuis longtemps déjà a adopté le principe du bidon à main. Je ne l’avais testé que sur des micros entrainements et je n’avais pas été emballé. Mais allez savoir pourquoi, ce samedi à Millau, cela se passe tout naturellement. Je tiens mon bidon à la main, tantôt à gauche, tantôt à droite. Je peux ainsi gérer mon hydratation sans avoir besoin de Daniel. A la différence de nombreux coureurs que je vois appeler leurs suiveurs dès qu’ils veulent boire.

  

Rapidement nous arrivons au village du Rozier, porte d’entrée vers les Gorges de la Jonte où j’ai des souvenirs de pêche et de virées en moto. Ici se chevauchent les départements de l’Aveyron et de la Lozère, nous sommes au cœur des Causses, nature flamboyante qui offre un spectacle à la mesure de l’évènement du jour. Au-dessus domine le fameux rocher de Capluc.

 

capluc


Je rejoins Arthur au moment où le Rozier devient Peyreleau, les deux villages étant situés dans deux départements distincts et dans deux régions différentes. C’est ici que la route change de profil. Nous avons traversé le petit pont et nous sommes passés de l’autre côté, la distance du semi va bientôt être atteinte. Je repense aux récits des uns et des autres que j’ai pu lire sur le net. Après le semi, attention il y a quelques faux plats qui montent…

 

KM 21 à 30 : Le Rozier – La Cresse

  

Le premier faux-plat qui monte est carrément une montée… Avec une jolie épingle à négocier pour grimper en haut de Peyreleau. Je la monte en courant, elle n’est pas longue. Arrivé à l’épingle j’aperçois Daniel et son vélo. De l’autre côté, les paysages abrupts et déchirés malheureusement en manque de soleil. Mais il ne faut pas se plaindre, nous évitons la pluie ce qui est déjà une bonne chose !

 

Cette portion est conforme à ce que les CR lus sur le net en disaient. Cela fait une éternité que je n’y étais plus passé. Je crois bien que la dernière fois, je devais avoir 10 ou 12 ans à peine. J’ai des souvenirs de passager moto derrière mon grand père et je repense à tout ça avec un plaisir gourmand.

 

C’est le moment de faire demi-tour et de revenir sur Millau. Le peloton se distend quelque peu. Il y a encore beaucoup de marathoniens, mais la route est assez étroite et il faut être vigilant. Je dépasse un vélo ou deux sur lesquels les suiveurs ont bricolé un système de radio. Courir en musique, ça a son charme !

Mentalement je regarde par moment les chaussures des autres coureurs, histoire de m’occuper l’esprit. Je suis étonné de constater que certains courent avec des Salomon de trail pas forcément réputées pour le confort de leur amorti, à fortiori sur du goudron ! Dans les utilisateurs de chaussures plus conventionnelles, certains courent avec des modèles épuisés, d’autres avec des modèles qui semblent sortir de leur carton d’emballage. De mon côté les NB1063 double largeur ont été rodées cet été et affichaient 315 km au départ. J’ai appliqué une couche épaisse de crème NOK sur mes pieds avant de partir mais ça ne suffira pourtant pas. Mais pour l’instant, pas d’alerte.

 le rozier

J’apprécie cette portion de faux plats montants. Je les aborde tranquillement, un œil sur mon Garmin confirme que je tiens une cadence régulière toujours stabilisée à 9,7 km/h de moyenne depuis le départ. J’ai l’impression de pouvoir courir des heures et des heures à ce rythme, ce qui tombe bien puisque c’est un peu le principe de cette course…

Comme je l’avais indiqué à Daniel, nous passons bientôt à proximité du repère des vautours qui trainent sur les hauteurs des Causses qui nous dominent. Plusieurs fois je vais courir le nez en l’air pour admirer le spectacle de ces rapaces majestueux. Dans un autre registre ça me rappelle mes sorties longues cet été dans les monts du lyonnais avec les buses qui tournoyaient au-dessus des champs. J’aime ces moments de volupté intérieure que procure la course à pied.

 

officiel30Pendant une demi douzaine de kilomètres les concurrents que je retrouve sont toujours les mêmes. Nous nous dépassons au bénéfice d’une petite côte, puis c’est l’inverse dans une petite descente. Les niveaux sont les mêmes, tout le monde est prudent et appliqué. C’est la première fois que je ressens cette concentration sur une course. D’habitude sur les trails, ça papote sec mais là c’est beaucoup plus calme.

 

Soudain un bruit retentit derrière moi, caractéristique d’une chute de vélo. Je me retourne et constate qu’il s’agit d’un petit chariot attelé à un vélo qui s’est renversé. Aucun bobo pour le suiveur, et visiblement le ravitaillement n’a rien lui non plus.

 

Autour de nous, pas mal de vélos, des suiveurs, de la famille aussi, et Daniel roule à mes côtés pendant un moment ; nous discutons de tout et de rien et cette portion passe plutôt vite.

Daniel s’arrête plusieurs fois pour faire quelques photos. Visiblement ce n’est pas facile de calculer le bon moment pour avoir le temps de descendre de vélo et de cadrer avec le paysage pour m’avoir dans le viseur au moment du passage.

 

Au ravitaillement qui précède la Cresse, je m’arrête quelques secondes pour prendre de quoi manger (du salé !) et c’est reparti aussi sec sous les encouragements des bénévoles aux petits soins. La portion qui suit ne présente pas de difficultés majeures, il faut simplement se laisser descendre jusqu’au ravito suivant puis encore jusqu’à Millau Plage avant d’entamer un petit tour de ville.

Au passage du 30ème kilomètre, un panneau nous indique la présence du photographe officiel de la course. C’est le moment de poser avec Daniel pour marquer le coup ; mais sans arrêter de courir et de pédaler pour autant.

 

KM 31 à 42 : La Cresse - Millau

 

C’est une portion que j’ai appris à connaître d’un point de vue de coureur. Elle n’est pas simple à courir car elle est plutôt facile et paradoxalement on a tendance à s’économiser en vue de la seconde boucle qui se rapproche. Pourtant il est aussi facile de se laisser emporter par l’élan et la proximité des clameurs de la ville.

 

Aux abords de Millau-Plage, le panneau d’entrée dans Millau nous saute au visage, et je me surprends à me dire « déjà ? » La route est large, nous courons sur le bas côté, et même sur la voie cyclable lorsqu’on le peut. Je mange une barre de céréales aux amandes, pas spécialement très goûteuse mais qui remplit l’estomac. J’ai toujours mon bidon à la main, mélange eau plate / eau pétillante. Environ 4 heures de course et tout va bien. Comme je le fais depuis le départ je surveille régulièrement le rythme moyen qui s’affiche sur mon Garmin et je me fie à mes sensations. Je sais que j’en ai encore sous la semelle. Je repense aux conseils de Vincent : « Arriver frais ici permet de parfaitement passer les premières vraies difficultés de la deuxième partie. »  

 

Millau-2010 6337mod


Nous enjambons une nouvelle fois le Tarn, je remercie ceux qui bloquent les routes pour nous laisser passer sur le rond point du Cureplat. Et puis c’est l’avenue Gambetta, j’ai une pensée pour mon père qui a vécu ici dans son enfance. Nous remontons jusqu’à la place de la Capelle où je me souviens gamin avoir regardé les parapentes qui s’élançaient du Causse juste en face. Ensuite il faut faire un peu de gymkhana (mot intéressant pour le scrabble) pour éviter les voitures. Pas très intéressant mais indispensable pour rejoindre la place du Mandarous. Les millavois sont de sortie, ils nous encouragent en tapant des mains et en invectivant un coureur connu. Nous remontons l’avenue de la république puis c’est le passage de la barrière devant l’épicerie qui a changé d’enseigne mais dont j’ai des souvenirs de plus de 30 ans lorsque c’était encore un « Codec ». J’éprouve beaucoup d’émotion à cet instant. Les applaudissements font du bien, me voilà déjà devant l’entrée du parc de la victoire, Daniel se range sur le côté et nous nous donnons rendez vous dans l’autre sens pour la suite de l’aventure. Devant moi, des marathoniens en finissent par la porte marquée « 42,195km ». De mon côté j’embraye sur la porte marquée « 100 km ». Un petit tour à l’intérieur Millau-2010 6342modde la salle, un coup de poêle à frire sur le dossard et ça repart en sens inverse. A la sortie du parc de la victoire je vois un objectif d’appareil reflex numérique qui se pointe vers moi avec insistance. Au bout d’un moment je reconnais ma tante de l’autre côté. Quelques mots échangés à la va vite, encore une photo et nous repartons.

 

A présent c’est moi qui vais croiser ceux qui arrivent. Je croise ainsi Taz en repassant la barrière puis Arthur un peu plus loin sur l’avenue. Nous échangeons des coucous enthousiastes : tout a l’air d’aller bien pour eux aussi.

 

Les suiveurs ont du mal à suivre car sur l’avenue, il faut encore composer avec les voitures. Je file à mon train sans me soucier du reste. Je croise les regards pétillants des coureurs qui en terminent avec la première boucle. Je suppose que comme moi ils ont hâte d’en découdre avec la suite du programme. Je ressens depuis quelques minutes un échauffement inhabituel à l’intérieur du pied droit. Je passe la place du Mandarous, centre névralgique de la ville, sous les encouragements des riverains. Les marathoniens nous ont quitté, à présent nous sommes 400 de moins à nous attaquer au plat de résistance. Quelques dizaines de mètres après le Mandarous, je m’arrête. Il faut que je m’occupe de cette gêne sur le côté de la plante du pied avant que ça ne soit vraiment handicapant. Daniel s’arrête à ma hauteur. Je fouille dans le panier du vélo, dégaine la NOK puis je pose mes fesses sur un plot. Je retire chaussure, chaussette et je badigeonne consciencieusement la zone irritée. Tant qu’à y être je remets une couche de NOK sur les orteils et sous le pied, puis renouvelle l’opération avec l’autre pied. C’est qu’il nous reste 58 kilomètres et pas des moindres !

 

à suivre...

Rédigé par Oslo

Publié dans #Ultra - Course

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Pierre Col 20/10/2010 06:07


Je suis totalement épaté, Guilhen !


marie-pierre 30/09/2010 21:21


Bonjour. je suis tombée sur votre blog et je trouve chouette l'idée d'allier poésie et ultra. J'ai moi même un blog(bien modeste par rapport au votre) et je voudrai savoir si vous acceptez que je
mette en lien votre blog sur le mien.
C'est bien le principe des blogs d'être en lien entre eux???
J'attends simplement votre réponse


Taz le Diable 30/09/2010 12:48


Vite la suite ;)


Hervé 30/09/2010 09:43


42km de parcourus et encore frais comme un gardon!!! Je découvre cette mythique en même temps que je lis ton CR, ça sent la ferveur et l'application! A+