Spartiates... rassemblement ! J-6

Publié le 19 Septembre 2014

A quelques jours de décoller pour la Grèce, on me demande souvent quelles sont mes ambitions pour ma 2ème participation au Spartathlon. La réponse naturelle qui me vient est « finir à nouveau ». Et alors je vois dans le regard de mes interlocuteurs s’allumer une lueur d’incrédulité avant leur réponse un brin provocatrice : « Allons, arrête la démagogie et le discours politique, c’est quoi ta vraie ambition ? »

Que dire ? http://4.bp.blogspot.com/_TNt0GeDsnuI/TNx9gQpZ7FI/AAAAAAAAAFY/JLP4TlyWySQ/s400/sparta_cp_75.jpgCertes, je mentirai en disant que je n’ai pas l’ambition de faire mieux que l’an dernier : une meilleure gestion de course, un meilleur rythme, une meilleure façon de passer la nuit (très dure l’an dernier) et de gérer les coups de bambous inévitables – tout cela pour, au final, grappiller du temps et améliorer le chrono de 2013. Prétendre le contraire serait faux. Mais je me rends compte que seuls ceux qui connaissent ce type de course, et qui ont une expérience du très long, peuvent comprendre combien tout cela tient à peu de choses. Les dimensions de cette course sont démentielles. Courir 246 kilomètres en moins de 36 heures dépasse l’entendement. Sur les 360 prétendants qui prendront le départ, combien peuvent se targuer de penser à un chronomètre avant de penser à aller au bout ? Une poignée. Des extra-terrestres nés pour courir. Entre la réussite (rallier Sparte) et l’échec (monter dans le bus) il y a l’épaisseur d’une feuille de papier. Parvenir à conserver cet écart si infime pendant plus de 30 heures relève de la gageure. Tous les entrainements du monde ne suffisent pas. Il faut autre chose : de la chance, une bonne forme physique, gastrique, mentale, le jour J, une météo favorable, pas de blessures, et bien sûr, une volonté indéfectible. Une rage de réussir. Celle que l’on va puiser au plus profond de nous, en faisant appel à nos expériences, à toutes les briques qui ont fait de nous l’être que nous sommes et pas un autre.

Dans cette course contre le monstre grec, on ne peut pas se mentir, se voiler la face. Passer Corinthe et son canal de lumière bleue noyée par le soleil brûlant, assister au coucher de soleil dans la nuit après Némée, grimper à la frontale le sentier de la montagne après 160 km, rejoindre Sangas heureux de trouver un peu de chaleur humaine juste avant de descendre dans la plaine au plus noir de la nuit puis voir le soleil se lever comme on assiste à une naissance, avaler les longs rubans d’asphalte brûlant de la vallée de l’Evrotas, croiser les camions sur cette route où tout mouvement ressemble à celui d’un spectre, garder son corps aux ordres de son esprit qui fait le décompte des kilomètres restant jusqu’à apercevoir le scintillement de Sparte au détour d’un virage… retenir ses larmes jusqu’à voir la statue de Léonidas sous les bravos de la foule.

Difficile de comprendre à quel point cette course nous rend si intensément vivants. Une tranche d’une trentaine d’heures au milieu du flux incessant de la vie quotidienne et de ses petits tracas, une portion d’éternité qui nous est offerte pour nous retrouver et faire le point avec soi-même. Etre vrai, nu, sans discours ni tricherie. Sentir l’essence de cet être que nous sommes vraiment. Simplement animés par la seule ambition de toucher le pied de la statue en moins de 36 heures. Pour un voyage qui nous change à tout jamais, et qui nous accompagne pour le restant de nos vies. Voilà pourquoi nous osons nous frotter au diable grec, avec humilité, dévotion et passion. Voilà pourquoi je suis si impatient de me retrouver aux pieds de l’Acropole avec les 359 autres prétendants, ce vendredi 26 septembre à 7h00 du matin. Avec la farouche ambition de toucher le pied de Léonidas, encore une fois, et qu’importe le reste !

Rédigé par Oslo

Publié dans #Ultra - Course

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