Sur la route de Léonidas
Publié le 6 Octobre 2013
Vendredi 27 septembre. 6h58, Athènes.
Nous y sommes. Le moment après lequel je cours depuis le 1er janvier dernier qui a lancé officiellement mon entraînement pour cette course. 8 mois et 25 jours qui ont représenté 393 séances de course à pied pour un total de 5711 km en 506h et 32 minutes. Mais on ne peut pas résumer ce moment à cette somme de chiffres qui n’ont aucun sens. Être au départ du Spartathlon c’est un privilège, un de ces instants qui n’ont pas de prix, et qu’on ne peut pas mesurer avant d’y être.
Peu importe le parcours qui a été le sien jusqu’ici. Au départ du Spartathlon les compteurs sont remis à zéro. Expérimentés ou néophytes, le trouillomètre est à zéro, et avec une sorte de boule au ventre mixant appréhension et excitation, on se sent transporté par l’immensité de la tache qui nous attend. Et ce qui nous attend c’est un mythe, les 246 km séparant Athènes de Sparte à courir en moins de 36 heures avec pas moins de 75 check points qu’il faut rallier en un temps imposé sous peine d’être mis hors course.
Alors, quand les photos de groupe sont terminées au pied de l’acropole illuminé par les lumières des projecteurs, on entre dans sa bulle en faisant mentalement le décompte avant le départ. On cherche un soutien dans le regard, dans le sourire d’un camarade, on serre la main des copains, le team France se resserre et tout le monde se souhaite une bonne route. Le moment libérateur qui fait suite à 8 mois et 25 jours de doutes, d’excitations, de joies et de fatigues est enfin venu. Je fais le vide, prenant conscience de la chance que j’ai d’être ici à cet instant et de tout ce que cela représente.
La veille, et l’avant veille, l’ambiance à Glyfada, dans la banlieue d’Athènes était plutôt celle d’une sympathique colo de vacances. Les coureurs français, nous étions logés à l’hôtel Congo, à deux pas de la mer, sous un soleil estival et pas encore vraiment dans la course. À ce moment-là, l’atmosphère était tranquille, consacrée à l’hydratation à l’aide de boissons à base de houblon. C’est important l’hydratation. Nous avons quand même récupéré nos dossards le mercredi après midi dans le hall de l’hôtel London bondé. Partout des coureurs de toutes les nationalités. La dimension internationale de l’évènement nous saute aux yeux dès ce moment, et nous naviguons entre les représentants de plus de 30 nationalités pour retirer le précieux sésame : les 2 dossards et le ticket d’admission pour la soirée de clôture le lundi. Dans la rue nous rencontrons un concurrent brésilien qui veut faire une photo, et on papote mais comme son niveau d’anglais est à peu près aussi bon que mon niveau de portugais, c’est un concurrent portugais qui vient faire la traduction.
Ensuite, il faut se faire des noeuds au cerveau pour décider de sa stratégie de drop bag. Alors le drop bag, pour ceux qui dorment au fond de la classe, ce sont ces sacs qu’on remet à l’organisation avant le départ de la course et qui nous les achemine à l’avance à l’endroit que l’on souhaite. Comme il y a 75 check points, il faut indiquer sur chaque sac le n° du check point et son numéro de dossard. Je me décide pour 3 drop bags : un au CP 32 (km 113) avec ma frontale et un coupe-vent pour la nuit, un au CP 55 (km 179) avec des affaires de jour (scénario j’avance vite) et un au CP 62 (km 202) avec des affaires de jour (scénario j’avance doucement). Je reste fidèle à ma devise du KISS : « Keep It Simple and Stupid » un sac pour la nuit et un sac pour le jour. Mais comme je n’arrive pas à savoir quel rythme je vais adopter durant la nuit, je prévois 2 sacs de jour selon mon allure. Dans les drop bags, pas grand-chose : 1 slip et 1 paire de chaussettes propres, 1 tube de crème anti-frottement, quelques feuilles de PQ au cas où, 1 tee shirt et 1 short propres. Plus un coupe-vent et la frontale dans le sac de nuit. Je n’emporte rien à manger ou à boire, faisant exclusivement confiance aux ravitos fournis par l’organisation tout au long du parcours.
La veille de la course, je prépare ma tenue pour le départ : tee shirt, short, casquette saharienne, ceinture porte bidons contenant un tube de crème anti-frottement à moitié consommée et une paire de lunettes de vue plus un paquet de mouchoirs. Dans le bidon, rien, j’aurais un bidon à main pour boire, le bidon du porte bidon sera utilisé aux heures les plus chaudes pour m’arroser. Pas de réserve de nourriture, les check points étant suffisamment rapprochés les uns des autres. Là aussi, KISS !
En matière de préparatifs et de stratégie, il n’existe pas de solution miracle, il faut juste trouver ce qui fonctionne pour soi. Ne rien tester le jour J, et faire confiance à des solutions éprouvées sur des courses plus courtes.
La nuit qui précède la course, curieusement, je dors à peu près correctement. Malgré l’excitation et l’angoisse aussi. Il faut dire que lors du briefing assuré en français, j’ai commencé à sentir la pression de l’évènement, et qu’à certains moments je me suis demandé si je serais assez costaud pour faire honneur à cette course. Heureusement les blagues et les rigolades avec les copains ont maintenu une ambiance très sympa, décontractée et bonne enfant qui a fait du bien pour rassurer tout le monde. Nous ne savions pas si nous irions au bout mais nous savions que nous ferions tout pour y parvenir. On ne vient pas au Spartathlon en touriste, il faut faire honneur à cette course hors normes.
Vendredi 27 septembre. 7h01, Athènes.
Le départ vient d’être donné. Je me sens parcouru de frissons dans tout le corps. Dans les premiers mètres de la descente, je regarde les coureurs devant moi, le paysage d’Athènes qui se réveille, et je me rends compte que je fais partie des acteurs de cette course mythique. C’est électrique, émouvant et plusieurs fois je me dis « t’es en train de courir le Spartathlon ! » sans être sûr de bien y croire. Comme si on allait me réveiller. Mais non. Cette fois c’est la bonne, c’est la mienne, j’y suis, j’y reste ! À mes côtés, Lolo, Jean-Pierre et un peu plus devant j’aperçois Mathieu, JB. On échange quelques mots mais très vite chacun se concentre dans sa course. Je cherche tout de suite à adopter le bon rythme. Pas facile. Il faut avancer suffisamment vite pour ne pas être mis hors course aux prochains check points sans toutefois se cramer pour garder le jus nécessaire pour boucler les 246 km qui nous attendent. L’exercice est périlleux, la corde raide entre l’échec et la réussite. Tout bascule très vite en ultra, et à fortiori ici. Je le sais et ici je le sens d’autant plus. Il faut dompter la bête et celle-ci ne se laissera pas faire.
Le temps de se dégourdir les jambes, nous quittons peu à peu le centre d’Athènes, direction l’ouest. Aux carrefours, les flics locaux ont arrêté la circulation pour laisser passer les 321 participants à la course. Dans les voitures bloquées, les athéniens s’impatientent et c’est le concert de klaxon qui nous accueille ainsi que des cris de rage des automobilistes à l’attention des forces de l’ordre. Certains sont plus détendus que d’autres et baissent la vitre de leurs voitures pour nous applaudir et nous encourager. C’est bienvenu car à cet instant je fais le plein d’ondes positives pour me donner du coeur à l’ouvrage.
Cette partie pour sortir d’Athènes n’est pas la carte postale idéale pour promouvoir la course. Nous courons sur le bas-côté d’une deux voies où les bagnoles foncent à tombeau ouvert, seulement protégés par quelques cônes oranges et blancs. Des chiens errants nous embrayent parfois le pas, la langue pendante ils se collent derrière nous et nous suivent pendant plusieurs kilomètres. L’un d’entre eux est surpris par l’arrivée d’un de ses congénères plutôt agressif et en se retournant vivement, il déstabilise un coureur japonais qui me précède et qui se retrouve par terre. Plus de peur que de mal, tout le monde repart, sauf le chien qui préfère sortir de la course pour s’expliquer avec son congénère. Les ravitos se succèdent, le rythme s’installe, et au hasard d’une pause pipi, on commence à retrouver les mêmes coureurs autour de nous. J’ai perdu de vue tous les français en dehors de JB et de Mathieu mais très vite je les perds également. Il faut rester calme. La température est encore clémente, mais bientôt le soleil sera au rendez-vous, et alors ça chauffera dur. Nous nous enfonçons dans la zone industrielle et c’est une succession d’usines et de raffineries, pas vraiment le paysage rêvé de la Grèce. Heureusement à certains check points je retrouve des visages connus, les femmes des copains français qui les attendent, juste le temps d’échanger un mot en prenant un peu d’eau au passage.
Dans la traversée d’un village, nous passons à proximité d’une école. Tous les enfants sont sortis dans la rue et ils nous acclament bruyamment en tendant les mains. Je me prête au jeu et c’est une succession de tapes amicales en passant, salué par leurs cris et leurs hourrahs. Le scénario se répétera quelques kilomètres plus loin sous un pont, et là aussi les cris enthousiastes des enfants seront autant de bouffées de courage qu’il sera bon de capter. Je continue de courir relâché, m’approchant doucement du premier marathon qui se boucle juste après le village de Megara, et que je passe en 4h10 avec 35 minutes d’avance sur la barrière horaire. Quelques chips grignotées et c’est reparti en compagnie de Thibaud que j’ai rattrapé, et malgré le vent qui souffle fort, et qui nous oblige à ralentir un peu le rythme. Ce vent est chaud et parfois assez violent, on peut y laisser du jus sans se rendre compte aussi je décide de ralentir et d’abandonner 5 minutes s’il le faut. Pourtant ce ne sera pas le cas et je conserverai 35 minutes d’avance sur la barrière puis 40 et enfin 45 minutes sur les check points suivants.
Le paysage s’est bien amélioré comme nous quittons Megara. En contrebas de la route, la mer Egée étend ses draperies d’émeraude et d’azur, j’ai envie de descendre m’y tremper les pieds et tout le reste aussi. Il faut être un peu barjot pour préférer courir sous le soleil qui chauffe déjà fort plutôt que de profiter des beautés naturelles des lieux. Mais le timing est serré, je me dis que lundi après la course, nous aurons tout le loisir de profiter de la mer. Pour l’heure, il faut continuer à avancer prudemment mais sûrement. Dans les montées, j’adopte ma cadence habituelle 20 secondes marche et 40 secondes course ou 30/30 lorsque la montée est trop longue. Il fait chaud, la course n’a pas encore commencé, il faut s’économiser à tout prix. Et aussi s’hydrater. Régulièrement je m’arrose la tête, l’eau imbibe le tissu de ma casquette saharienne puis dégringole dans ma nuque. L’effet rafraîchissant est réel, mais pas très long. L’atmosphère est si chaude que l’évaporation est rapide. Pas grave, je renouvelle l’opération très régulièrement, tous les kilomètres environ.
J’ai maintenant rejoint Gilles que j’ai repéré grâce à son maillot jaune des kékés du bocage. Attention, c’est Monsieur Gilles. Un grand monsieur, finisher du Spartathlon chaque année sans interruption depuis 2002. Ça cause ! Et encore je ne fais pas le pedigree complet de l’animal, il me faudrait épuiser les réserves de mon disque dur. Bref, on papote, on plaisante, ça fait du bien de discuter avec un copain. Gilles est toutefois un peu tendu sur ce Spartathlon, car pour la première fois son fils Angel, 20 ans, participe. Et le gamin envoie du gaz, il est à ce moment là dix bonnes minutes en avance sur nous. Ce qu’il y a de bien quand on court avec Gilles sur le Spartathlon c’est que tout le monde le connaît et que du coup tout le monde lui parle. Les gens en bagnole qui suivent la course, les gens sur le bas-côté qui regardent passer la course... tout le monde je vous dis. Gilles, il pourrait se présenter à la présidence de la Grèce, il serait élu. Bon, ce n’est pas tout mais il faut quand même que je fasse ma course, et je continue mon bonhomme de chemin, reprenant Juan et Laurence, toujours élégants et costauds, un petit mot et petit à petit on se rapproche de Corinthe, CP 22 et 81 ème kilomètre. Avant d’y arriver je retrouve Angel vers le 60ème kilomètre, on discute un moment, je le félicite encore pour sa Transe Gaule bouclée en août (1190 km en 19 étapes), et je le perds lorsqu’il fait un arrêt pipi.
C’est ensuite Paskal que je rattrape et qui me dit souffrir un peu de la chaleur. Faut dire que bon, courir en plein soleil un jour pareil en Grèce c’est pas des choses très sensées ma bonne dame... Mon tee shirt commence d’ailleurs à déborder de sel, il faut que je fasse gaffe et aux ravitos suivants, je continue de verser un peu de sel de table dans ma gourde à eau. En buvant quand même du coca pour le plaisir du sucre. Même si le coca tiède – voire chaud – c’est nettement moins sympa que du coca bien froid. Mais bon, on n’est pas venu ici pour la dégustation de soda américain hein...
Un moment important approche, c’est le passage sur la passerelle du canal de Corinthe. Il s’agit d’un des endroits mythiques que traverse la course, et un de ceux qui occasionnent souvent des photos spectaculaires. Je m’y arrête d’ailleurs quelques secondes pour jouir de la vue imprenable. Quelques foulées supplémentaires le long de la route passante, et c’est l’arrivée au check point d’Hellas Can, CP22 de son petit nom, et 81 kilomètres de fait. À ce check point les coureurs qui bénéficient d’une équipe d’assistance ont le droit de les retrouver. Il y a donc beaucoup de monde autour du CP22. Traditionnellement il y a un bon paquet d’abandons ici. Il est 15h25, soit 8h25 de course et j’ai donc 1h05 d’avance sur la barrière horaire. Ouf. Les barrières horaires seront un peu moins violentes désormais mais elles n’autorisent toutefois pas le moindre relâchement. Aussi, après avoir échangé quelques mots avec Isa et Françoise, je décide de repartir sans trop m’attarder, fort de mon heure d’avance. Un instant toutefois je me tâte pour un yaourt, puisque c’est le premier CP où il y en a. Mais de peur que mon estomac ne manifeste son désaccord, je préfère emporter du miel liquide que je garderai à la main. Sans me douter à cet instant que je vais adopter ce régime pendant de nombreuses heures...
Après Corinthe, la route s’éloigne des grands axes, nous ne longeons plus la mer Égée et nous allons maintenant nous diriger à l’ouest avant de descendre plein sud en direction de Ancient Nemea, ou Ancienne Némée ville célèbre dans les travaux d’Hercule qui y affronte son célèbre lion. C’est en tous cas ce que ce nom m’inspire. Devant moi, deux vikings (comprendre : deux coureurs scandinaves) avancent bien. Mais soudain, alors que je les perds de vue dans un virage, j’en retrouve un affalé sur le bas côté, à l’ombre d’un olivier. L’équipe d’accompagnateurs de Juan et Laurence est déjà sur place. Le coureur a les yeux ouverts mais il est blanc comme un linge. Malaise vagal à première vue. Je reprends ma route avec pour mission de m’assurer que les secours sont en route. Il me faudra pas mal de temps pour rejoindre le CP suivant mais une ambulance m’a croisé, toutes sirènes hurlantes quelques instants plus tôt. Un peu plus loin, c’est un scooter conduit à la locale (comprendre sans casque et à vive vitesse) qui est surpris par un coureur japonais qui débouche d’une route à angle droit et le freinage d’urgence sur les gravillons se traduit par une belle gamelle. Je passe entre les gouttes, surveillant de temps en temps les barrières horaires et constatant que par tranches de 5 minutes je me bâtis une petite avance. Dans la traversée de l’ancienne Corinthe au KM93 nous passons à proximité d’un impressionnant site archéologique. Il y a de l’agitation, du monde au CP, des photographes, et il faut faire attention de ne pas se faire distraire pour repartir sur la bonne route. Un peu plus loin c’est le passage au CP28 à Assos, au KM100 que j’atteins en 10h50 de course, soit un peu avant 18h00 et avec 1h25 d’avance sur la barrière horaire. Les jambes vont bien même si la chaleur de la journée combinée au vent fort lors du passage au marathon ont plus tapé dans mes réserves que je ne l’avais prévu.
Lors du passage dans le village de Zevgolatio, les enfants accourent en me tendant un cahier et un stylo pour réclamer un autographe. Je me prête au jeu plusieurs fois, pour leur plus grand plaisir, prenant soin d’ajouter à la griffe mon numéro de dossard : #171.
Petit à petit le soleil se fait moins présent, nous montons lentement mais sûrement en direction des hauteurs, et je me rends compte que mon premier drop bag posé au CP32 arrivera à point nommé pour récupérer la frontale. J’y passe à 19h30 soit après 12h30 de course. Je prends cinq minutes pour changer de tee shirt et de chaussettes, remettre de la crème NOK sur les pieds et surtout accrocher mon coupe vent à ma ceinture porte bidons et enfiler la frontale. Il ne fait pas encore nuit mais d’ici peu ce sera le cas, je suis paré pour affronter la nuit. À ce CP d’Halkion j’ai rattrapé Jean-Pierre, le compère lyonnais avec qui nous avions couru la LyonSaintéLyon 2011. Il est parti vite pour passer la barrière de Corinthe tranquillement et gère maintenant la suite de sa course. De mon côté je repars du CP très motivé, soulagé de voir que j’ai maintenant près d’1h50 d’avance sur les barrières et que les jambes vont bien. L’estomac ne bronche pas, l’alternance chips pour le salé et miel pour le sucré semble le satisfaire. Je sais malgré tout que la course n’a pas encore commencé. La première journée va bientôt s’achever, il va falloir gérer la nuit et le passage périlleux de la montagne, ce sommet qui culmine à près de 1200 mètres avant de redescendre sur Sangas et ensuite l’aube et la seconde journée. Autant dire une éternité. Mais à cet instant, j’essaye de ne pas me projeter en avant. Je prends les check points les uns après les autres en faisant de mon mieux pour garder une allure à peu près constante et économique. Lorsque je sens que je faiblis, je positive, je mange un morceau et je pense à autre chose. Mentalement je me dis plusieurs fois : le premier tiers s’est fait sur la fraîcheur, le second tiers tu le fais sur le physique et le troisième tiers tu te le feras au mental...
Il est 20h47 lorsque j’arrive au CP35 de Némée au KM124. La nuit vient de tomber et j’allume ma frontale. Je grignote un morceau, fais pointer mon dossard, et c’est déjà reparti. J’ai maintenant un peu plus de 2h d’avance sur la barrière horaire. Je suis dans ma bulle, et il faut être malgré tout attentif car la route est un peu cabossée sur les kilomètres qui arrivent, des trous, des bosses et même un chemin de terre où j’ai retrouvé un viking. Le plus ennuyeux ici ce sont les voitures d’assistance qui passent et qui repassent et qui à chaque fois soulèvent d’épais nuages de terre qui viennent danser dans le halot de la frontale. Sur un plateau dégagé j’aperçois au loin le ballet des frontales qui sont montés à l’assaut de la montagne. Ils doivent avoir une heure ou une heure et demie d’avance sur moi. J’arrive malgré tout assez rapidement au CP40 de Malandreni au KM140. Ici grosse ambiance, le check point est installé à la terrasse d’une taverne, les locaux boivent un coup, les équipes d’assistance attendent leurs coureurs. Un suédois qui attend son coureur me félicite et m’encourage pour la suite. Et la suite est plutôt velue. Tout le monde appelle ça « la montagne ». Mais avant, il faut passer le CP de Lyrkia. J’y arrive après une pause pipi et un peu d’alternance marche / course que j’ai choisi d’effectuer dans la montée avant Lyrkia pour m’économiser en prévision de la suite. Un trio de coureurs m’a rejoint, nous restons ensemble quelques centaines de mètres puis à nouveau je me retrouve seul au moment de repartir de Lyrkia. 148,5 kilomètres de fait. Il nous en reste 98. Quand j’y pense, j’avoue que ça me met un petit coup au moral mais pas le temps de se lamenter, il faut avancer dans la longue montée en lacets qui s’offre à nous. J’aperçois les frontales des concurrents qui me précédent et c’est parti pour 850 m de dénivelé positif sur 13 kilomètres. L’alternance marche / course ne suit plus de logique, je me mets à courir une quarantaine ou une cinquantaine de secondes puis je me remets à marcher, régulièrement. Lentement mais sûrement je rejoins le check point n°47 « Mountain Base » qui porte bien son nom à 2h11 du matin, avec presque 3 heures d’avance sur la barrière horaire. Je devine le sommet d’une montagne au-dessus de nous mais je pense que les lumières que j’aperçois en haut sont des lumières de sécurité pour prévenir les avions de tourisme de la présence de la montagne. Lorsque je réalise qu’il s’agit en réalité des frontales des coureurs qui me précèdent, j’ai un instant de doute. Maintenant il n’y a plus de goudron. Le sentier grimpe sec sur plusieurs centaines de mètres avant que la pente ne s’adoucisse mais le sol reste le même : du caillou à tous les étages. Cela me rappelle les sols arides de mon Languedoc natal, et mon passé de trailer se rappelle à mes bons souvenirs. Je dépasse trois ou quatre coureurs dans cette montée qui s’avère finalement très agréable. En haut, passage au check point venté où les bénévoles attendent sous d’épaisses couvertures. Je les salue mais ne m’attarde pas. J’ai enfilé mon coupe-vent pour attaquer la descente qui se fait sur un sentier de cailloux où il faut faire attention de ne pas se faire une cheville. Je règle donc la puissance de ma frontale à la hausse pour bien éclairer la piste et je déroule, dépassant à nouveau trois ou quatre coureurs qui font toute la descente en marchant. Pour économiser mes quadriceps et casser le rythme je m’offre pourtant trente pas de marche toutes les deux minutes de course. J’arrive à Sangas soulagé d’en avoir fini avec cette section dont tout le monde me parlait avec émotion. Finalement tout s’est bien passé et je peux reprendre une foulée rasante plus conforme à l’effort de longue haleine qui m’attend. Une soupe chaude prise à un check point me fait du bien, et je la bois en marchant lorsque je repars.
Le CP du village de Sangas, CP49 n’est situé qu’au 164ème kilomètre, il en reste donc un paquet, 82 kilomètres exactement, je franchis donc la fin du second tiers. Maintenant c’est le mental qui va prendre la suite car le corps lui, commence à être un peu mâché. D’ailleurs, à partir de cet instant, ma nuit va ressembler à une longue traversée du désert. Le sommeil me tombe dessus d’un seul coup. Hagard, mes paupières se ferment toutes seules et je dois lutter pour rouvrir les yeux. Contraint de marcher, je vacille de gauche à droite, me repérant à la lueur de ma frontale qui m’indique que je me dirige dans le bas-côté. J’ai peur de rater une intersection. Je suis au milieu d’un petit groupe de 2 ou 3 coureurs qui n’avancent pas très vite, marchant beaucoup. J’en fais de même, par lassitude et parce que le sommeil me tenaille les muscles. Je rêve d’un matelas et d’un peu de repos. Je progresse assez doucement mais malgré tout je me rends compte à chaque check point que mon avance sur les barrières horaires continue d’augmenter peu à peu. De temps en temps, estimant que j’ai suffisamment marché, je relance en petite foulée pendant plusieurs centaines de mètres. En général ce sont mes paupières fermées qui m’obligent à me remettre à marcher, de peur de quitter la route. Je regrette amèrement de ne pas avoir bu de café plus tôt dans la soirée. À chaque check point je demande désormais un café. Par chance mon estomac ne bronche pas. Mais l’effet tarde à se faire sentir, logique certes mais pas moins ennuyeux. Je me traîne et je commence à broyer du noir à l’idée de faire trop de kilomètres en marchant. Je n’ai pas l’instinct d’un guerrier adepte du jusqu’auboutisme. Si je ne prends plus de plaisir, je n’ai plus d’essence dans le moteur. Et à cet instant, entre 2h30 et 5h30 du matin j’avoue que c’est très dur. Au CP52, KM172 il est 4h07 du matin lorsque j’arrive, 4h09 lorsque je repars, j’ai donc 3h01 d’avance sur la barrière horaire et je me dis qu’au CP55 là où m’attend mon second drop bag, je m’autoriserai une sieste. Je bois une soupe chaude et je mange une moitié d’assiettes de pâtes.
La nuit est sombre, à l’image de mon humeur. Je continue d’alterner course et marche malgré le profil plutôt plat et facile mais encore une fois le sommeil ne me laisse pas de répit. D’autre part je suis frigorifié. Le coupe vent ne suffit pas et je regrette de ne pas avoir pris le maillot à manches longues que j’avais mis dans mon sac du CP32. J’ai très froid et je n’arrive pas à me réchauffer, conscient de toutes les précieuses calories que je suis en train de perdre. Finalement j’arrive au CP55 et récupère mon sac. Je constate qu’il n’y a aucun endroit où m’allonger, aussi je m’assoies un moment sur une chaise, le sac à mes pieds. J’hésite sur la conduite à tenir. Voilà plus de 15 kilomètres que je me traîne, il en reste 66 et à ce rythme, quand je transforme la distance en durée, ça me parait complètement dingue. Un instant je suis à deux doigts de rendre mon dossard. Mais je me ressaisis aussi tôt. Je sais qu’il s’agit de cet instant où c’est le cerveau qui se met en mode protection et qui envoie toute une série de messages qui semblent tout à fait louables, pour nous faire arrêter. Alors comme un automate, je me change, enfile slip et short propre et je me lève. Je demande un café que je vais boire en marchant lorsque je me remets en route. Sur les bas-côtés je vois plusieurs cadavres de chiens, ce qui ajoute au côté surréaliste de ces heures de doute et de fatigue. Le lendemain certains me diront qu’ils ont vu une portée de chiots dépecer une carcasse. Décidément, notre vision de la Grèce n’aura pas toujours été celle d’une carte postale. Et c’est justement ce contraste aussi que nous sommes venus chercher, en plus du dépassement de soi et de l’accomplissement d’un effort extrême totalement gratuit.
Petit à petit je recommence à trottiner régulièrement et les check points se suivent plus ou moins rapidement. Lorsqu’il est 5h30 du matin, la nuit est toujours sombre, aussi je demande à un bénévole quand le soleil se lève, il m’annonce pas avant 7h15, 7h30. J’ai hâte de voir la lumière naturelle, aussi je tiens le décompte dans ma tête. Tous les quarts d’heure, je me murmure comme une leitmotiv « allez, plus que 1h45 et le jour se lève », « allez, plus que 1h30 et le jour se lève »...
Dans ces moments-là, je me parle à haute voix, je me motive, je m’invective, et je fais appel à toutes les recettes connues pour avancer. Je m’imagine franchir la ligne de Sparte dans l’après-midi, et je ressens l’émotion que cela va me procurer. Je me rappelle des moments sur d’autres courses où j’étais mal, et où la manivelle a tourné et que la forme est revenue. Je positive et déjà je sais que je ne vais plus être embrouillé par les idées défaitistes et négatives de mon cerveau. Je suis toujours fatigué, j’ai encore sommeil et je suis dans le creux de la vague mais mentalement j’ai maintenant attrapé les rames et je souque énergiquement pour basculer du côté où la mer est plus calme. Un autre aspect étonnant de cette course, est que plusieurs fois j’ai pensé à l’histoire rapportée par Hérodote sur ce trajet de 246 km qu’aurait accompli Philippidès en -490 entre Athènes et Sparte pour aller chercher de l’aide pour combattre les Perses. Ainsi lorsque j’étais mal, j’ai pensé à Philippidès, je l’ai imaginé à ma place, sans aucun check point, ni bénévoles, sans frontale ni basket confortables... Et je me suis dit que je n’avais pas le droit de renoncer. J’ai aussi pensé à tous ceux qui ne pouvaient pas être ici, à ceux qui ne peuvent pas courir, et à ceux qui n’étaient plus là pour le faire. Et cela m’a donné un supplément d’énergie, ce qui tout mis bout à bout m’a fait apercevoir avec un véritable soulagement le lever du soleil vers 7h30, après 24h30 de course et un peu plus de 194 kilomètres de parcourus. Assister au lever du soleil sur la plaine avant Tegea, avec les oliviers et les vignes restera longtemps dans mes souvenirs. Non pas parce que cette aurore fut particulièrement belle ou spectaculaire, mais simplement parce qu’avec elle, mon espoir d’atteindre Sparte se voyait intact et plus près de se réaliser que jamais depuis 8 mois et 26 jours. À Tegea j’ai papoté avec Robbie Britton, un anglais déterminé qui à ma question de savoir comment ça allait me répondit « j’ai connu mieux... mais j’ai connu pire ! » Je crois que c’était le résumé parfait pour la plupart des concurrents à cet instant, soulagés d’avoir terminé la nuit et d’être maintenant à 51 « petits » kilomètres de Sparte. Je passe donc au CP60 de Tegea au KM195 à 7h36 du matin, avec 3h24 d’avance sur la barrière horaire. À cet instant j’ai profité. J’ai demandé une soupe et j’ai souri pour la première fois depuis de nombreuses heures. J’ai su au fond de moi que Sparte était là, et que j’allais y parvenir. Il ne s’agissait plus que d’une question d’heures.
Il allait certes falloir gérer la chaleur de la seconde journée, la fatigue accumulée mais il y avait eu ce déclic qui vous fait comprendre que peu importe les obstacles, on va aller au bout. Même en marchant beaucoup, avec plus de 3h20 d’avance, j’avais de la marge pour atteindre Sparte avant 19h. Il me restait en effet 11h24 pour couvrir 51 kilomètres. Mathématiquement c’était gagné et le plus important, c’est que ça l’était dans ma tête.
D’ailleurs en repartant de Tegea avec Robbie, nous étions d’humeur légère et nous nous sommes dit qu’il ne restait plus qu’un gros marathon et que vu notre avance c’était dans la poche, nous donnant rendez vous dans l’après-midi à Sparte.
Mais dans la réalité, 51 kilomètres, quand on en a déjà fait 195 et qu’on n’a pas pris de vrai repos depuis 24h30, et bien c’est long... Rudement long. Surtout que le soleil se lève tard mais qu’il ne perd pas de temps ensuite pour vous rôtir à souhait.
Le café aidant, je suis maintenant tout à fait réveillé et je profite de mon passage au CP62 où m’attend mon 3ème et dernier drop bag pour changer de tee shirt. Ensuite, c’est long... Mais que c’est long ! Cette route est très passante, les voitures et les camions nous frôlent, et les longues portions droites sapent le moral. Désormais, c’est bel et bien le mental qui a pris possession de nos corps et qui les guide. Je maintiens une allure à peu près régulière, marchant 30 secondes dans les montées, courant 30 secondes... jusqu’à ce que la route redevienne plane. Je reprends encore plusieurs coureurs dont Robbie qui était parti comme une balle de Tegea. Dans la vallée de l’Evrotas, la chaleur est importante alors qu’il n’est pas encore midi. Je dois régulièrement m’hydrater, me mouiller la tête, les bras et les jambes pour garder une température corporelle relativement basse. La dernière difficulté est une grosse montée après Monument, le CP68 au KM 222. À cet instant, je regarde cette montée avec un mélange de frustration et de soulagement. Je cours une minute puis décide de la gravir entièrement en marchant. Plusieurs fois je peste à haute voix, car c’est interminable. Tout ce qui me fait tenir, à présent, c’est la proximité relative de l’arrivée (24 kilomètres) et tout ce que cela représente depuis noël dernier où j’avais décidé que le Spartathlon constituerait l’objectif de l’année 2013. Les voitures déboulent face à nous à vitesse élevée, il s’agit de la route qui quitte Sparte pour remonter vers le Nord. Aussi presque tous les conducteurs sont au courant de ce que nous sommes en train de faire et ils nous klaxonnent et nous font des appels de phare. Les motards ralentissent et lâchent le guidon pour nous applaudir. C’est à la fois encourageant et déstabilisant après de si longues heures passées dans sa bulle, coupés du monde et de ce qui est extérieur à l’immédiat. Je me projette maintenant dans quelques heures, quand j’arriverai à Sparte et je sens les frissons qui me font hérisser le poil.
Passage au CP69, KM227 à 12h07, j’en repars vers 12h08 avec 3h55 d’avance sur la barrière horaire. Tout est sous contrôle. Le corps ne bronche pas, l’estomac reste coi, tout mon être est entièrement mobilisé vers l’arrivée, dans 19 kilomètres.
C’est quoi 19 kilomètres ? Une paille... Mais une paille après 227 bornes c’est une grosse paille ! Je continue donc sur le même mode que depuis le lever du jour : minimiser les périodes marchées et même si je ne tiens pas une grosse moyenne, relancer pour courir le plus souvent possible. Maintenant la route descend jusqu’à Sparte. Les quadriceps répondent encore, fainéants certes mais toujours présents. Autant en profiter pour se relâcher et descendre en courant. Je reprends Jean-Philippe qui m’explique que dès qu’il court, son corps est en fusion et qu’il ne peut plus réguler sa température, préférant donc finir en marchant. Je l’encourage et reprends ma course lente mais régulière. À 12 kilomètres du but, toujours dans la descente, je dépasse un concurrent danois qui marche. Je m’arrête à son niveau pour discuter un moment. Il m’explique qu’il a fait l’UTMB l’an dernier et qu’il est content car il va finir le Spartathlon mais qu’il ne reviendra pas, trop dur. Je reste avec lui un moment, puis je m’excuse et reprends la course. C’est à cet instant que me dépasse en trombe Trond, un norvégien de 55 ans qui a eu d’excellents résultats sur d’autres courses titanesques mais qui a échoué à 5 reprises au Spartathlon. Cette 6ème tentative sera la bonne aussi je l’encourage lorsqu’il me double, et à son sourire radieux, je comprends combien il doit être heureux d’aller enfin au terme de son défi.
Passage au CP72, nous apercevons Sparte en contrebas, qui scintille sous la chaleur écrasante du soleil, au pied des montagnes qui culminent à plus de 2000 mètres d’altitude. Qu’elle parait loin cette ville, à 10 kilomètres de distance, mais combien ils paraissent longs ces 10 kilomètres !
Je rattrape Wilfried qui marche depuis près de trente kilomètres, ses jambes ayant décidé de le lâcher. Je m’arrête quelques instants pour marcher avec lui, discuter, l’encourager et je repars. Un belge et un grec avec qui je cours depuis 20 kilomètres sont dans les environs, le belge est blanc comme un linge, je lui donne de l’eau pour se rafraîchir car il fait peur à voir. À présent la route a cessé de descendre et nous devons traverser la rivière Evrotas.
C’est le passage au tant attendu CP74, dernier check point avant l’arrivée, au KM244. Nous entrons maintenant dans Sparte. Le grec qui me précède court vraiment doucement, mais j’hésite à le dépasser. Je ne veux pas le priver d’une arrivée triomphale devant les siens. Finalement j’aurais du le passer, cela lui aurait laissé plus de temps pour profiter avant qu’un autre coureur arrive derrière lui.
Quand on entre dans Sparte, les locaux applaudissent, et des enfants viennent à notre rencontre en vélo, pédalant avec nous. À présent, je profite. Je lève la tête aux balcons d’où tombent les applaudissements et les bravos. Le passage dans Sparte est très long, on tourne sans cesse dans une avenue puis dans une autre, je m’attends à apercevoir la statue de Léonidas marquant la ligne d’arrivée mais elle se fait désirer. Finalement, après plusieurs changements de direction me voilà dans l’axe principal et dans la dernière ligne droite. Les terrasses des cafés sont pleines de monde et tout le monde applaudit. Je me sens porté. La statue de Léonidas est à 200 mètres. J’aperçois Jean, JB, Lolo et Mathieu qui sont là, sur le bord. Je suis déçu pour eux, comprenant que leur Spartathlon s’est arrêté trop tôt, mais content de les voir. Mathieu me tombe dans les bras, je le remercie, et puis je repars pour ces deux cents derniers mètres, toujours soutenu par les applaudissements des spectateurs. La scène est exactement conforme à mes rêves, j’ai déjà vécu des dizaines de fois cette arrivée dans mes songes, lors des mes sorties longues d’entraînement, lors des moments durs pendant la nuit. Toute la motivation pour me lever à 4h du matin et aller courir depuis 8 mois et 26 jours venait de l’envie de vivre cet instant.
Un officiel dégage la foule devant les marches de la statue, je les grimpe, et j’arrive au pied de la statue du roi Léonidas, touche son pied pour arrêter le chronomètre. Il est un peu plus de 14h30 ce samedi 28 septembre et après 31h et 33 minutes d’efforts je suis spartathlète. On me remet ma couronne d’oliviers, je bois l’eau sacrée dans la coupe, et ce sont les photos qui s’enchaînent. Je reste là, comme dans un rêve éveillé, pas encore tout à fait conscient de ce que je viens de réaliser. Et puis il faut laisser la place, rejoindre les soigneurs et les masseuses qui nous font allonger sur un lit pour un check-up rapide. On me retire les chaussures, les chaussettes et on me lave les pieds. Je n’ai qu’à me reposer et savourer l’instant. Après une douche à l’hôtel, je rejoins la ligne d’arrivée pour encourager et féliciter tous les finishers, notamment Gérard et Philippe, les deux frangins qui ont franchi la ligne d’arrivée en 36h et 3 minutes, en larmes, plongeant toute l’assistance dans un tourbillon d’émotions dont on reparlera encore le lundi soir à la soirée officielle de clôture.
La suite sera plus difficile, et le lendemain matin encore on croisera de nombreux types boitant, raides, traverser les rues de Sparte à allure de sénateur sous les regards hilares des locaux.
La suite est un formidable concentré d’émotions, de sourires et de regards, de déceptions à partager avec ceux qui n’ont pas pu boucler leur pari, et aussi de bières pour fêter une course hors normes.
J’étais venu au Spartathlon conscient de courir une course de tous les superlatifs. Je n’ai pas été déçu. Cette course est conforme à ce qu’on en attend et mérite bien sa réputation d’être un des ultra-marathons les plus exigeants du monde. La limite entre le « ça passe » et le « ça casse » est très tenue et on se sent constamment sur le fil du rasoir. Au delà de la course en elle même, toute l’organisation impeccable et la gentillesse des bénévoles est à mettre en avant. On se sent vraiment bien durant 6 jours dans cette ambiance à nulle autre pareille, et si on souffre pas mal sur certains moments, on ne retient que le bonheur d’avoir pu faire partie de la fête.
Le Spartathlon, ça c’est fait. Je voudrais remercier tout le team France avec qui nous avons partagé des moments d’émotion particulièrement riches, des rires et des doutes qui nous ont fait paraître la vie plus intense quelques jours, en dehors du temps. Je veux aussi remercier aussi celle sans qui tout cela ne serait pas possible, celle qui supporte mes réveils aux aurores, mes entraînements de solitaire, et qui assure l’intendance de la maison pendant que je m’amuse en Grèce, ma femme Julie. Cette réussite est aussi la sienne. Quant à mes enfants, une fois de plus leur père n’aura rien gagné sinon le plaisir d’être allé au bout d’un rêve. Et c’est bien ça le plus important.