UBS : Un Beau Soleil !
Publié le 22 Mai 2014
C'est une chose étonnante. Peu de personnes savent qu'il y a eu une piste de ski en plein centre de Lyon. La piste de la Sarra, sur la colline de Fourvière, a été construite et inagurée en 1964 sous l'impulsion de Tony Bertrand, chargé des sports à la mairie de Lyon. En 1975 elle sera fermée puis démantelée en 1991 où la remontée mécanique est détruite.
Cinquante ans après son inauguration, j'ai décidé de m'aligner au départ de l'Ultra Boucle de la Sarra. Le principe est simple : accomplir autant de tours que possible en 6 heures. Le parcours lui, en revanche, n'a rien de simple - au contraire.
La piste de la Sarra s'étire sur 300 mètres de long, 30 mètres de large, avec une pente à 20%. La dévaler une fois ça va, la dévaler 10 fois, ça tire, la dévaler 20 fois, ça commence à siffler. Surtout pour un petit routard comme moi qui ne met plus ses semelles sur les sentiers depuis quelques années maintenant. Après cette vertigineuse descente, heureusement, un peu de route, et même des pavés pour rejoindre la remontée : 563 marches d'escalier pour arriver au pied de la Tour Eiffel Lyonnaise et de traverser la superbe passerelle des 4 vents et de se retrouver au sommet de la piste pour un nouveau tour.
Au total ce tour fait 2 km et 90m de dénivelé positif. Enchainer les tours pendant 6 heures, je le savais, serait un exercice perilleux et exigeant pour les cuisses. Je n'ai pas été déçu. Quand il est question de course folle et de dénivelé, les copains trailers du Lyon Ultra Run s'y entendent. On peut leur faire confiance. C'est aussi pour leur rendre hommage que je me suis inscrit sur une course au profil pas vraiment fait pour moi. Deux fois plus de dénivelé en 6h de course que sur un 100 bornes routier, y'a pas idée !
J'arrive donc au départ de cette Ultra Boucle de la Sarra avec deux objectifs :
- profiter des copains de l'association de la Chouette, de notre village de Fleurieux sur l'Arbresle
- me faire 40-45 km en guise de sortie longue à 2 semaines des 24h de Roche la Molière qui sera la dernière course longue avant le Spartathlon.
Avant l'effort, place aux retrouvailles. Après les photos traditionnelles d'avant course avec les copains de la Chouette, séquence papotage avec les copains de Lugdunum. Cela fait un bail que je ne me suis pas aligné sur une course dans Lyon, c'est sympa de revenir courir dans la Capitale des Gaules, là où en 2007, je participais à ma première course (semi marathon de Lyon).
Le départ est différé de 15 ou 20 minutes. La faute aux bouchons qui ont empêché beaucoup de coureurs d'être à l'heure. Nous mêmes nous avons mis 50 minutes pour couvrir la vingtaine de kilomètres pour venir. Ah les joies de la ville, y'a pas à dire...
Nous sommes finalement une centaine de solos et une cinquantaine d'équipes de 3 relayeurs inscrits sur cette 2ème édition de l'Ultra Boucle de la Sarra.
C'est parti ! Pour étirer le peloton, nous partons du bas de la piste de la Sarra et nous montons dru dans le pentu sur deux cents mètres avant de tourner les talons et de nous laisser aspirer dans la descente. Dans la montée, je marche tranquillement, dans les derniers. Je tape dans les mains de mes enfants qui profitent de la journée plein soleil que la météo nous offre. La température est même chaude. Elle le sera encore davantage dans les 563 marches de l'escalier qu'il faudra s'enfiler à plusieurs reprises.
Sur ce premier tour, il faut prendre ses marques. Appréhender les appuis dans la descente est ma plus grande crainte. Je n'ai plus du tout l'habitude de ces descentes à fort pourcentage sur de la terre et de l'herbe. Je suis devenu un pur routard, me régalant du macadam et des tapis de goudron dont les grains étincellent au soleil.
Pas de ça ici ! De la terre bien dure certes mais de la terre et cette pente qu'il faut absorber, attiré par le vide et contraint aux règles de la gravité. Dans quelques heures nous aurons mal aux guiboles, c'est une certitude. Mon erreur aura été de choisir de partir avec des chaussures de trail. Car tout le reste du parcours se déroule sur un rêvetement dur, stabilisé, pavé, goudronné ou en escalier. Mais même cette descente ne nécessite pas de chaussures de trail. Le terrain y est sec, les appuis sont précis, une bonne paire de chaussures de route amorties aurait été idéale. A peine 1h30 après le départ, des échauffements un peu partout sur mes pieds m'auront fait comprendre le mauvais choix qui a été le mien. Heureusement j'ai mis de la crème NOK partout mais ça ne suffira pas pour avoir les pieds détendus. Les Mizuno Ascend6 qui ont fait les 2 LyonSaintéLyon en 2011 et 2012 ne me servaient plus depuis que pour le jardinage. Elles auront pris l'air à l'occasion de cet UBS mais elles y auront aussi vécu leurs derniers kilomètres de course à pied; repartant dès le lendemain à leur usage jardinage.
En attendant, il est trop tard pour faire marche arrière. Je regrette de ne pas avoir emporté une paire de route, mais je ne peux rien y faire. Alors autant avancer. J'enchaine les tours. Après deux heures je suis à environ 10,5 km/h de moyenne. Sur un parcours cassant comme celui-là c'est un poil trop rapide pour une course de prépa. Mais je me sens bien, j'aime la chaleur, ça tombe bien, nous sommes gâtés de ce côté-là. Je dépasse certains solos avec qui j'échange un mot ou deux, je retrouve des copains à différents endroits du circuit qui font les bénévoles. C'est vraiment sympa de faire une course quasi à domicile, on passe son temps à papoter.
Sans compter qu'avec David, Armelle et Greg, les trois autres Chouettes en solo, et les relais, nos tenues orange permettent de se voir de loin et d'avoir un mot au bénéfice d'un regroupement.
Julie et les enfants sont restés un peu, çe ma fait plaisir de les voir. A chaque tour, j'arrive à les repérer et je tape dans la main de mon fils et de ma fille. C'est sympa, d'autant plus qu'en général sur les courses, ils ne viennent pas. J'en profite pour faire recharger le bidon à main en mélange eau-plate / st yorre par Julie et je le récupère un tour plus tard.
Niveau alimentation, à peine une barre de céréales en près de 3h de course. Tout va bien. Un peu plus tard, Julie m'annonce qu'elle repart à la maison, je fais une mini pause bisou à toute la famille et c'est reparti.
A la troisième heure de course j'en suis à 15 tours. Je fais une première pause de cinq minutes pour remplir mon bidon d'eau et me poser un peu. C'est l'occasion de discuter avec les copains de la Chouette, et de me rendre compte qu'il fait soif. Je pense à la bière mais c'est encore un peu tôt, je n'ai pas encore mes 40 ou 45 km réglementaires. Je repars donc à l'assaut de la descente pour une nouvelle série de tours. Une heure plus tard, mes cuisses commencent à chauffer et me font comprendre qu'il faudrait peut être voir à calmer le jeu dans cette descente justement. Mes pieds chauffent eux aussi doucement, mais je ne peux rien y faire, je dois assumer mon mauvais choix de godasses. Et puis si j'avais voulu du confort, j'aurais pu rester chez moi. Encore que le matin je me suis enfilé deux heures de jardinage à arracher des mauvaises herbes et ce n'est pas forcément plus reposant. Les Mizuno Ascend y font fureur en revanche.
Quatrième heure. Quasiment 40 bornes. Mes cuisses sont des steaks saignants. Elles me lancent des SOS. Je pense aux 24h de Roche la Molière dans 15 jours et je décide de ralentir un poil. 5 minutes de pause, le second arrêt de la journée. Je croise David et Greg près de nos affaires. Tout le monde souffre. Je leur dis que je continue encore jusqu'à 50 km et que j'arrête.
Trente minutes plus tard je chope ma frontale car la luminosité a bien baissé. Il doit être aux alentours de 21h40.
5h10 de course, 50 km à mon GPS. Je mets le clignotant. Depuis deux tours, mes cuisses morflent et dans la descente ce sont mes genoux et mes lombaires qui compensent. Pas bon. Je n'ai pas envie de me blesser ou de trop puiser dans la machine. J'ai fais mon taff, et même davantage. J'étais venu pour faire un marathon, j'en ai rajouté un peu et j'ai profité. Tout va bien. Allez. C'est l'heure de la bière en compagnie de Nicolas qui est venu voir la course.
Après cette pause de 35 minutes je repars pour un dernier tour, juste pour en profiter une dernière fois. Bon, après ce long arrêt, la descente est terrible. Mes cuisses sont HS, je descends comme un papy. Sur le plat qui suit, et les pavés, la plante de mes pieds lance des couinements sinistres, j'ai envie de balancer mes pompes et de courir pieds nus.
5h58 de course, je passe une dernière fois la ligne. On me dit que je peux repartir pour faire un tour de plus mais j'ai ma dose. Et j'ai envie d'une autre bière, il a fait chaud, je l'ai pas volée. Je me pose sur une chaise pour assister au passage des coureurs qui sont repartis pour une ultime révolution. J'assiste notamment à l'arrivée d'Armelle qui a carrément assuré en s'enfilant 24 tours, et finissant 4ème féminine. La grande classe.
Une assiette de riz en salade et de cake aux olives plus tard, et pas mal de discussion aussi, il est temps de rentrer à la maison.
Au final, je me serais donc offert 25 tours pour 52 km et un peu plus de 2200 m de dénivelé positif et une 10 ème place au scratch. C'est une exercice périlleux qui demande un minimum de préparation spécifique pour ne pas trop souffrir. Heureusement la semaine qui arrive est ma semaine de récup qui précède la semaine des 24h de Roche la Molière. Je pourrais en profiter pour me reposer et soigner mes cuisses qui ont moyennement apprécié la plaisanterie.
Cette Ultra Boucle de la Sarra est un concept séduisant et original en diable, menée de main de maitre par la bande à Arthur. On voit qu'on est dans les mains de passionnés qui savent ce qu'est la course à pied. On s'y sent en famille en plein centre de Lyon. C'est un privilège. Rien à voir avec les grosses machines impersonnelles et qui jouent la carte de la rentabilité avant tout.
Bon, sur un plan plus personnel, ce fut difficile. La base de mon entrainement est à l'opposé de ce genre d'exercice, et je l'ai bien senti. Je ne suis pas du tout à l'aise pour enchainer les descentes tambour battant sur des pourcentages tels que celui de la Sarra. Et ça ne s'improvise pas. Malgré tout, 3 semaines après les 100 km de Belvès et 2 semaines avant les 24h de Roche la Molière, voilà une sortie d'un peu plus de 5 heures qui m'aura permis de faire une bonne séance de foncier. Maintenant récup avec des sorties courtes et cool jusqu'au 31 mai 10h00, date et heure de mon prochain dossard.